Mil et une – la suite – 3ème quinzaine

Miletune

Souvenirs d’enfance

Lorsque j’étais enfant, les vacances étaient bien longues ; nous n’avions pas les divertissements de maintenant, télé, tablette, portable, copains etc… Alors nous allions à Lyon au Parc de la Tête d’Or. Pour les Lyonnais, c’est le parc, le seul, celui qui construit au milieu du XIXème siècle, il est l’égal de Central Park en tout cas nous en sommes persuadés. Tous les jours, nous rendions visite au animaux, mon frère et moi, puis une grande promenade près du lac et regarder avec envie les barques qui glissaient sur les eaux calmes et où canards et cygnes dansaient et plongeaient. Plus loin, il y avait les serres où les plantes du jardin botanique, véritable savane étiraient leurs feuilles et leurs lianes. Après les tours inévitables de balançoires dans lesquelles je m’envoyais en l’air, nous nous retrouvions au théâtre de marionnettes. Guignol !!! Guignol tout le monde connait, sauf que le vrai Guignol était au théâtre Laurent Mourguet sur les rives du Rhône à mon époque. Connaissant le vrai, j’étais subjuguée par ce don d’ubiquité et je soupçonnais quand même un tout de passe-passe, un plagiat. Cependant il fallait occuper les après-midis, alors j’échouais dans le pré carré réservé à une petite compagnie qui faisait la manche !

Que de souvenirs qui me sautent au visage alors que trainant un peu la jambe et aidée de ma canne, je refais soixante ans après le parcours de mon enfance en me disant que finalement nous n’étions pas si malheureux, mon frère et moi ; même le goût des cacahuètes me revient en bouche et je ne résiste pas à m’acheter ce petit sachet. Les marchands ont changé mais les triporteurs boutiques demeurent. C’est alors que j’entends une clochette, c’est le signal de Guignol enfin son succédané. Je m’approche lentement de la petite place ; personne autour de moi. Je regarde le rideau s’ouvrir j’aperçois un bonhomme chauve au dernier degré qui grimace en tenant un objet indéterminé et une main l’index tendu qui le nomme… Mais comment au fait se nomme-t-il ce personnage égrotant ? Guignol a donc tant vieilli ? Non ! J’ouvre les yeux et le doux zéphyr me caresse la joue. Il est temps de partir.

Mil et une – d’après Wieslaw Smetek – 39

Mil et une

L’arbre

Je suis là depuis un demi-siècle, cinquante ans passés à écouter le bruit des vagues qui lèchent mes pieds, cinquante ans à écouter la chanson du vent dans mes branches. Voix petite, comme elles se tendent vers toi, comme des mains suppliantes qui accrocheraient le ciel.

Parfois, je m’ennuie seul son mon île. Alors je guette les bateaux, espérant que l’in d’eux accostera tout près. Mais les jours s’écoulent, monotones, bercés par la brise mon vent favori qui vient car caresser mon écorce. Le plus souvent, c’est le tumulte du blizzard ou du simoun oui du suroît qui m’assourdit. Leur souffle me tord et je résiste de toutes mes forces pour rester debout même si je suis découpé en plusieurs têtes. Mes racines s’enfoncent dans la terre écorchent le sable pour m’empêcher de ployer. Ils ont emporté presque toutes mes feuilles, il reste qu’un plumeau au bout d’une branche comme une coiffe solide. Mais et je ne parviens plus à faire naître les bourgeons.

Tel est mon sort ; la solitude mais non le désespoir, la vie plus forte que les tempêtes.

Mil et une – semaine 36

Mil et une

Histoire de papillons

Un vieux papillon sur le retour butinait les dernières roses du jardin. Une telle dégustation était un vrai bonheur. Il lui fallait quelques forces car il avait repéré une petite papillonnette tout juste sortie de sa chrysalide, mignonne à croquer. Elle arborait des couleurs ocre, orange, fauve, bordées de noir brillant, si belles, si suaves que le pauvre papillon était tombé en amour, un amour violent, un amour si fort qu’il avait eu beaucoup de difficulté à respirer.  Il s’était donc jeté sur les fleurs pour se désaltérer avec voracité.

Puis ragaillardi et rapapilloté, il alla faire sa cour à la belle en question. Elle se laissa faire et le mariage fut célébré rapidement et les jeunes époux décidèrent de passer leur voyage de noce dans des contrées plus chaudes et ils prirent la première chenille en partance pour l’Afrique. Le déracinement fut total, un dépaysement si fabuleux, une vie si paisible loin des insecticides qu’ils s’installèrent définitivement.

Pourtant un jour, le pauvre papillon ne put voler. Il se trouva tout ankylosé ; ne pouvant plus mettre une aile devant l’autre. Avachi sur un coussin, il se décida à consulter bien que pas vraiment partisan de la médecine. La bonne araignée sortit de sa toile et après auscultation lui expliqua qu’il s’était probablement abreuver auprès d’une fleur irradiée et qu’il devait pour retrouver la forme, rester immobile et boire un peu élixir dont elle allait donner la composition à son épouse. Mais la Belle avait d’autres projets ; elle planta là le vieux mari impotent et s’en alla convoler et papillonner avec un cousin de son époux.

Le papillon resta seul et abandonné ; il prit la résolution mais un peu tard de ne plus regarder que les vieilles papillonnes.

Mil et une – jeu de l’été – le troisième

Mil et une

Pour ce troisième jeu de l’été nous vous invitons à nous proposer des textes à propos de cette image. On peut en utiliser une ou plusieurs.

La bouteille à la mer

Cette année, j ‘ai décidé de partir à la mer. Je me suis lancée un défi. Mais c’est par où la mer ?

Avec ma vieille guimbarde j’en ai traversé des chemins, et des embûches. Que d’aventures ! Tout d’abord, il y a eu ce petit garçon roux comme un roudoudou qui vendait sur le bord de ma route des livres et n’importe lesquels, des dictionnaires de latin pas des polars ma lecture de prédilection. Ensuite, une bâtisse toute rouge un peu de guingois me fit de l’œil et le fus enchantée par Mozart et sa flûte bien que je préfère son concerto pour clarinette ; ah « Out of Africa » quel beau film ! Robert Redford ! Prise d’un vertige je m’aperçus que j’avais une petite faim. Je me suis arrêtée sur le bord de la route ; une dame, cheveux dans le zéphyr matinal, vendait des confitures de fraises et justement une baguette de pain frais m’attendait ; une pause-café s’imposait. Qu’y avait-il dans cette confiture ? Mystère !  Des images survinrent dans ma tête, alors que, allongée près d’une cascade qui chantait à briser du cristal de Bohème, je rêvassais. Soudain, des joueurs de jazz s’invitèrent dans mon terrain de jeu.  Je n’y connais rien en jazz sauf la « petite fleur » de Sydney ; j’entrevis alors une fleur sur laquelle je me suis précipitée pour la sentir, respirer son parfum ; aucune odeur : synthétique ma plante.  Frustrée, je repris ma route fraiche, reposée, à bord de ma chignole teuf teuf ; enfin en direction de la mer.

Après tous ces détours et contours, je ne savais plus m’orienter. Je me fourvoyais dans un coin remplit d’immeubles ; cela ne pouvait être là. Le GPS ? Ah non point du tout, la bonne vieille carte Michelin qui ne signale pas la nationale n°105550 qui mène à la mer. Que faire alors ? Ça y est j’ai trouvé, lancer une bouteille à la mer !

Mil et une – 3/52 – avec chamade

Le concours

Laura était nerveuse. Elle passait le concours Chopin à Varsovie. De Varsovie, elle n’en connaissait depuis deux jours que la salle de répétition. Son cœur avait battu la Chamade quand le grand Maestro était venu en auditeur et encore la chamade deux quand le virtuose Alexandre T. était venu s’asseoir à côté d’elle et tourner les pages de sa partition. Il lui conseilla d’utiliser une tablette, plus commode et d’ailleurs, il lui prêta la sienne.

Le lendemain, jour du concours, elle s’installa confortablement et ouvrit sa tablette. Aïe, il n’y avait sur la partition que des silhouettes inconnues, certaines assises sur des bancs, certaines qui marchaient et dans ses yeux tout le monde dansait. Elle écarquilla les yeux et mis ses mains sur la clavier. Elle joua comme jamais. Elle ne fut pas lauréate mais elle comprit que la musique était dans sa tête et seulement dans sa tête.