les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot


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C’est le dernier article de ce blog qui reste ouvert bien sûr mais maintenant pour me suivre vous devrez aller   ICI

Les coins de Lilou deviennent  » Les soleils de Lilou »  peu de changement en vérité seulement plus de facilité à naviguer.

Je présente à tout mes Aminautes mes voeux pour cette nouvelle année qu’elle vous soit douce et vous apporte toutes les joies que vous espérez.

Avec le sourire


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Jeudi poésie – Nuit de neige

Je n’aime pas vraiment la neige ; avec nos vies, c’est un effet climatique peu adapté et pourtant dans les campagnes, quand tout est blanc, que le silence règne à peine troublé par quelques cris de corbeaux et de pia pia impatients de mésange cherchant leur subsistance , il n’y a pas de paysage aussi sublime. Toutes les aspérités sont recouvertes d’une couche protectrice,  effacées  comme si les inégalités de la vie se soumettaient aux flocons ! Lilou

J’ai choisi quelques vers de Guy de Maupassant

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant, Des vers


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Les Croqueurs de môts 176 – Au théâtre

Le Capitaine de notre coquille de noix fait sa Commandante et nous demande un machin, un truc, une histoire qui fait rire alors je vous propose : 

Pour les ceusses qui ont envie d’yaler au thiâtre pour Nôyel !

les croqueurs

 

Ah ben mes fenots et mes fenottes, je vas vous espliquer la toute première fois ousque je suis été au thiâtre. Enfin pas la toute première car avec les z’amateurs et z’amateuses du saint Georges, j’avais suivi les copains. On jouait à l’époque Napolion, l’empire et les Cent jours. On voyait le M’sieur Napolion, Madame Napolion, le général Bartrand et toute la clique ! mais c’était pas eusses, c’était sensément eusses tout en étant pas eusses… Madame Napolion, c’était la grande dévideuse de la rue de la Grand’Côte que faisait le rôle. Ah la mâtine, elle imitait bien et elle avait bonne façon ; elle se guignait à droite, elle se guignait à gauche ! non non trop drôle !

Mais breffons là, ma catolle, concierge rue des Trois Maries, y voulait courir au thiâtre mais au grand thiâtre là ousqu’on joue de la musique et ousqu’on chante… J’ai laissé donc mon tablier de gnaffre et elle a fermé sa loge pour aller guigner une belle pièce au grosopéras… enfin qu’y soye gros ou menu, ça m’est bien égal autant que mon premier caneçon. Y était en vogue c’te pièce, une italienne pas une pièce de taffetas ou de velours rouge, non  non du Reverdi c’est tout nouveau sauf que des Reverdi y en plein à Lyon à Saint Jean… Y quèque temps y ont joué la Dentition de Faust. Ho là là des charlatans ceusses qu’on inventé ça.. Mais ya pire ! La Salomé, un gourgandine que mets sont gros cannant dans la fose d’aisance et pis que va danser le caquevaque avec des serpillière autour su ventre… En voilà de drôles… cela vaut pas les pièces d’autrefois… La nouveauté, ci bas, le Trou ouvert, que ce soit le trou ouvert ou le trou fermé, je m’en bats l’œil.

Revenons à mes moutons, quand on peut pas avoir des bonnes places réservées vaut mieux y aller et faire le pied de grue… On attend et on reste pique-plante ! Quand on est las sus une piotte, on se met sus l’autre on se tient sur les deussses ou bien à cacaboson

Je commençais à avoir faim, rien dans la bredouille depuis plusieurs heures. Manquait plus qu’il tombe une singotte et onsque serait tout bassouillé. Heureusemnet ma fenotte était bien précautionneuse, elle avait bourré le panier à deux couvêcles ; du gigot z’à l’ail, des rondelles de Jésus, un restant de haricots salade et du tommeux fort avec un tasse de grattons et un beau hareng sauret. De quoi se benouiller les boyaux et se rincer le corniaulon… par égard pour les sensibles, je ne vous donnerai pas la recette du jus de coco mais elle en avait ben fait deux litres, pis un coup de Beaujolais. Comme je ne voyais qu’un bout de guichet et point de porte, je me demandais bien comment ma colombe allait passer avec ses cotillons et le panier ! Finalement on me dit ousqu’il fallait prendre les billets. On voulait que je prenne un billet de  parterre mais non merci ;  j’en avais  déjà pris un hier en descendant la Grand’Côte , je m’étais fait peter le temple sus la cavette et pis, que même le coquard était tout bleu et noir. Alors l’employé a dit : là haut au poulaiyer ! pas confiance ! je me disais ousqu’on va nous fourrer ! on tiendra jamais là ousqu’on mène coucher les poules !!! ma fenotte ne teindra pas sur un perchoir, elle debaroulera surtout qu’avec ses galoches, elle tient pas sur ses guibolles.

Ah mes aieux, on était assis sus des grands degrés sus le bout des pieds de ceusses que sont derrière vous ; Alorsse quand y z’ont besoin de remuer les z’arpions, ça vous grabotte.

Enfin, on voit toute la salle. Et c’est bien, par devant la scène pis tout l’orchestre. Mais les musiciens sortent par des trous dans le plancher comme des petits rats. Et là j’ai jamais vu tant d’instruments… j’ai vu un grand placard avec un menuzier caché derrière pour le faire marcher puis les plus petits qu’on essayait de scier sans y parvenir ; d’autres qu’on avale et qu’on recrache à vous désampiller les boyaux ! ah àa ramone la gargotte ce machin là.. Mais le mieux c’est un pique en peigne ; on le graffigne tout le temps ; il parait que ça s’appelle une arpe parce  qu’on le fait marcher avec les arpions. Tous ensemble ça cigrolle !

Vous pensez bien que j’ai rien compris à la pièce ! Les grosopéras  ousqu’on chante sans cesse on comprend rien à ce qui disent. Heureusement, il y a de arrêtes.. Des anthraxes… c’est là le plus drôle. Avec la fenotte on en a profité pour casser la croûte. Mais quand elle a les séchoirs sa tartine de fromage fort et gras, sur le crâne chauve d’un bonhomme en costume de pingouin, on ne se tenait plus les côtelettes ni l’ambuni . Surtout que plus y voulait frotter plus y étalait et plus le parfum se répandait ! y avait beau se licher les doigts rien à faire !

Ah mes aïeux, si vous allez au thiâtre, allez au poulaiyer, c’est le meilleur coin pas pour vos darniers mais pour s’éboyer !

Et pour les ceusses qui ont du mal à comprendre le patois lyonnais un glossaire :

Ambuni           nombril, ventre, estomac

Bassouiller      être mouillé

Bassouiller      jouer avec de l’eau

Benouiller       se mouiller avec de l’eau sale

Bredouille       ventre, bedaine 

Cacabozon      accroupi

Caneçon          caleçon

Catolle            Bigote  ou personne lente, un peu niaise.   

Cigroller         secouer violemment

Corniaulon      œsophage

Darnier           les fesses ou le derrière

Débarouler     tomber en rouant

Désampiller    déchirer

Dévideuse       métier de tissage

Fenotte           femme aimable

Gnaffre           tablier de savetier

Graffigner       égratigner

Guigner           remuer, bouger

Piotte              jambe

Pique en peigne terme de canuts

S’éboyer          rire

Singotte          averse


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Photo du mois – les mains au travail

Mains au travail 

 

choisi par Lavandine8     : On ne doit voir que les mains en train de travailler (pas le corps) et l’objet qu’elles confectionnent…

 Le mois dernier, j’ai montré justement une photo d’une femme kirghize qui confectionnait du feutre. J’étais bien tentée de remettre une autre image mais, vous trouverez que j’exagère et que je veux vous vendre un voyage ! alors je suis allée chercher dans mes souvenirs d’un autre voyage en Ouzbékistan ( eh oui c’est proche) et j’ai trouvé un fabriquant d’instruments de musique qui tenait boutique dans une rue passagère. Penché sur son ouvrage, il ne prête aucune attention à ce qui l’entoure.

 ..

ouzbekistan-610-a

 

et si vous voulez voir d’autres mains au travail  c’est là !

Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Carole en Australie, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cricriyom from Paris, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, Dr. CaSo, E, El Padawan, Escribouillages, Estelle, Eurydice, Evasion Conseil, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J’habite à Waterford, Je suis partie voyager, Jess_TravelPicsAndTips, Josette, Josiane, Julie, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l’Air, La Tribu de Chacha, Lair_co, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Li
lousoleil
, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamounette et ses aiguilles, Mamysoren, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Nicky, Noz & ‘Lo, Pat, Paul Marguerite, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sense Away, Sinuaisons, Sous mon arbre, Sweets Mix, Tambour Major, Testinaute, The Beauty is in the Walking, Tuxana, Who cares?, Xoliv’, écri’turbulente, ÔBD
.


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Lundi classique – Sonate de Beethoven

Sonate n° 8 de Beethoven adagio cantabile

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Cette sonate est magnifique ; ici je vous propose l’adagio cantabile qui dégage une grande douceur pour un lundi matin.

Juste une anecdote, ce morceau fut interprété par François Cevert alors pilote de formule 1 lors d’une émission qui avait lieu le dimanche je ne sais plus sur quelle chaine mais avec un certain Michel Drucker, trois semaines avant son décès brutal le 6 octobre 1973 à l’âge de 29 ans sur le circuit des Etats unis lors des essais. C’était un jeune homme très cultivé qui avait hésité entre musique et formule 1 !

Ici la version d’Alfred Brendel


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Jeudi poésie – Victor Hugo

Au Lion d’Androclès

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La ville ressemblait à l’univers. C’était
Cette heure où l’on dirait que toute âme se tait,
Que tout astre s’éclipse et que le monde change.
Rome avait étendu sa pourpre sur la fange.
Où l’aigle avait plané, rampait le scorpion.
Trimalcion foulait les os de Scipion.
Rome buvait, gaie, ivre et la face rougie ;
Et l’odeur du tombeau sortait de cette orgie.

L’amour et le bonheur, tout était effrayant.
Lesbie, en se faisant coiffer, heureuse, ayant
Son Tibulle à ses pieds qui chantait leurs tendresses,
Si l’esclave persane arrangeait mal ses tresses,
Lui piquait les seins nus de son épingle d’or.
Le mal à travers l’homme avait pris son essor ;
Toutes les passions sortaient de leurs orbites.
Les fils aux vieux parents faisaient des morts subites.
Les rhéteurs disputaient les tyrans aux bouffons.
La boue et l’or régnaient. Dans les cachots profonds,
Les bourreaux s’accouplaient à des martyres mortes.
Rome horrible chantait. Parfois, devant ses portes,
Quelque Crassus, vainqueur d’esclaves et de rois,
Plantait le grand chemin de vaincus mis en croix,
Et, quand Catulle, amant que notre extase écoute,
Errait avec Délie, aux deux bords de la route,
Six mille arbres humains saignaient sur leurs amours.
La gloire avait hanté Rome dans les grands jours ;
Toute honte à présent était la bienvenue.
Messaline en riant se mettait toute nue,
Et sur le lit public, lascive, se couchait.
Épaphrodite avait un homme pour hochet
Et brisait en jouant les membres d’Épictète.
Femme grosse, vieillard débile, enfant qui tette,
Captifs, gladiateurs, chrétiens, étaient jetés
Aux bêtes, et, tremblants, blêmes, ensanglantés,
Fuyaient, et l’agonie effarée et vivante
Se tordait dans le cirque, abîme d’épouvante.

Pendant que l’ours grondait, et que les éléphants,
Effroyables, marchaient sur les petits enfants,
La vestale songeait dans sa chaise de marbre.
Par moments, le trépas, comme le fruit d’un arbre,
Tombait du front pensif de la pâle beauté ;
Le même éclair de meurtre et de férocité
Passait de l’œil du tigre au regard de la vierge.
Le monde était le bois, l’empire était l’auberge.
De noirs passants trouvaient le trône en leur chemin,
Entraient, donnaient un coup de dent au genre humain,
Puis s’en allaient. Néron venait après Tibère.
César foulait aux pieds le Hun, le Goth, l’Ibère ;
Et l’empereur, pareil aux fleurs qui durent peu,
Le soir était charogne à moins qu’il ne fût dieu.
Le porc Vitellius roulait aux gémonies.
Escalier des grandeurs et des ignominies,
Bagne effrayant des morts, pilori des néants,
Saignant, fumant, infect, ce charnier de géants
Semblait fait pour pourrir le squelette du monde.
Des torturés râlaient sur cette rampe immonde,
Juifs sans langue, poltrons sans poings, larrons sans yeux ;
Ainsi que dans le cirque atroce et furieux
L’agonie était là, hurlant sur chaque marche.
Le noir gouffre cloaque au fond ouvrait son arche
Où croulait Rome entière ; et, dans l’immense égout,
Quand le ciel juste avait foudroyé coup sur coup,
Parfois deux empereurs, chiffres du fatal nombre,
Se rencontraient, vivants encore, et, dans cette ombre,

Où les chiens sur leurs os venaient mâcher leur chair,
Le César d’aujourd’hui heurtait celui d’hier.
Le crime sombre était l’amant du vice infâme.
Au lieu de cette race en qui Dieu mit sa flamme,
Au lieu d’Ève et d’Adam, si beaux, si purs tous deux,
Une hydre se traînait dans l’univers hideux ;
L’homme était une tête et la femme était l’autre.
Rome était la truie énorme qui se vautre.
La créature humaine, importune au ciel bleu,
Faisait une ombre affreuse à la cloison de Dieu ;
Elle n’avait plus rien de sa forme première ;
Son œil semblait vouloir foudroyer la lumière,
Et l’on voyait, c’était la veille d’Attila,
Tout ce qu’on avait eu de sacré jusque-là
Palpiter sous son ongle ; et pendre à ses mâchoires
D’un côté les vertus et de l’autre les gloires.
Les hommes rugissaient quand ils croyaient parler.
L’âme du genre humain songeait à s’en aller ;
Mais, avant de quitter à jamais notre monde,
Tremblante, elle hésitait sous la voûte profonde,
Et cherchait une bête où se réfugier.
On entendait la tombe appeler et crier.
Au fond, la pâle Mort riait sinistre et chauve.
Ce fut alors que toi, né dans le désert fauve,
Où le soleil est seul avec Dieu, toi, songeur
De l’antre que le soir emplit de sa rougeur,
Tu vins dans la cité toute pleine de crimes ;
Tu frissonnas devant tant d’ombre et tant d’abîmes ;

Ton œil fit, sur ce monde horrible et châtié,
Flamboyer tout à coup l’amour et la pitié,
Pensif, tu secouas ta crinière sur Rome,
Et, l’homme étant le monstre, ô lion, tu fus l’homme.