les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Tranche de vie

13 Commentaires


Les mots en T chez Renée… J’ai repris un texte écrit il y quelques années pour les Plumes d’Asphodèle… Légèrement remanié, je vous le propose…

 

Je gardais les yeux fermés ; un murmure de voix lointaines me caressaient les oreilles mais ne fis aucun effort pour les reconnaître bien qu’une me sembla familière. J’étais si fatigué, épuisé ; j’étais allongé dans un lit d’hôpital, un bras plâtré et les jambes attachées à une poulie ; une odeur d’éther et de formol flottait autour de moi ; pas de douleur mais impossible de bouger.

Mes souvenirs déferlaient comme une vague sourde ; La moto, l’accident… Le bruit des sirènes puis le noir.

J’entendis soudain un prénom… Thomas ! le mien. Doucement je soulevais les paupières et je l’aperçus … Qu’elle était belle ma petite sœur Thaïs avec ce sourire qui illumine son visage si fin, si frais sous un léger maquillage. Bon je n’étais pas amnésique.

Voilà maintenant trois jours que je suis sorti du coma. Ils sont tous autour de moi à m’expliquer qu’il ne sert à rien de me triturer le cerveau ; si je ne sens plus mes jambes, ce n’est que momentané ; la moelle épinière n’a pas été touchée ; je marcherais de nouveau, sans boiterie. Le temps fera son œuvre.

Après un transfert en ambulance entre l’hôpital et un centre de rééducation fonctionnelle, trois mois après j’étais sur pied, enfin presque. J’avais fait des progrès surprenants. Dieu m’est témoin que j’ai souffert comme un martyre ; j’ai souvent voulu tout abandonner.  Il faut dire que Tancrède le kiné « sadique », attaché à ma personne m’a titillé sans relâche. Ce fut salutaire car aujourd’hui, je suis debout, je marche, certes encore comme une tortue en goguette mais je marche ; les médecins m’ont laissé sortir il y a quelques jours à condition que je me repose dans un coin calme. Ma sœur s’était occupée de tout et avait louée pour la belle saison, selon les conseils de la faculté, une maison proche de Lyon pour me permettre les consultations tous les quinze jours.

J’appréhendais un peu ce séjour car Thaïs, habituée à vivre en ville risquait de s’ennuyer à la campagne même avec une voiture, ce n’était pas sa tasse de thé. J’avais peur qu’elle ne se sentit comme une souris prise au piège. Néanmoins tout ce passa bien jusqu’au jour où…

Thaïs habituée à avoir tous les hommes à ses pieds n’en revenait pas. Il avait osé. D’habitude c’est elle qui les lâche. On pourrait dire  qu’en toute naïveté, ma petite soeur est une amoureuse latente. Non pas qu’elle soit allumeuse, elle est d’un naturel très enjouée, volubile, enthousiaste, mais c’est un cœur d’artichaut. Elle est amoureuse comme d’autres partent en vacances. Elle s’amourache en général d’un artiste musicien ou peintre incompris et elle joue les Pygmalion comme on presse un citron et voyant que les résultats se font attendre, elle abandonne la partie ou fait une rencontre infiniment plus talentueuse et la voilà repartie pour d’autres aventures. Je la connais bien ma petite sœur. Nos parents, morts alors qu’elle était très jeune, elle a cinq ans de moins que moi, je me suis beaucoup occupé d’elle et je l’adore. Par la suite, nous nous sommes épaulés mutuellement. Heureusement pour nous, mon père nous avait laissé de quoi vivre et comme j’avais repris son entreprise d’informatique, elle pouvait en toute quiétude se permettre de chercher sa voie professionnelle ; selon la bonne formule l’argent ne fait pas le bonheur mais il aide bien. Elle tentait beaucoup de formation sans jamais être satisfaite.

Nous étions installés dans notre villégiature de convalescence depuis quelques semaines. Nous avions fait connaissance de bon nombre de nos voisins. Dans ce coin du Beaujolais, impossible de faire une balade sans passer devant un caveau où l’on vous invite à déguster une tassée de bon vin que l’on tire directement du tonneau.

A ce rythme là, je me remettais vite et le jeune médecin, Thierry,  qui assurait le suivi médical, trouva que mon état était très satisfait. Il venait d’ailleurs assez souvent à la maison prendre de mes nouvelles ou boire une petite bière à la fin de ses visites mais je le devinais, surtout pour rencontrer Thaïs qui faisait tout pour l’encourager. Aussi je fus stupéfait de l’entendre mentir… Elle n’était pas parfaite mais elle n’était pas menteuse ; ce n’était pas ses habitudes. Elle lui raconta qu’elle avait toujours désiré être infirmière, elle qui tourne de l’œil à la première goutte de sang, qu’elle aurait bien voulu  partir avec Médecins de monde dans les pays où la misère sévit, où les enfants… etc. Peu à peu, il se mit lui expliqué les particularités de  certaines maladies. Elle  l’écoutait avec une telle lueur dans les yeux que nul autre que moi se serait laisser prendre quant à l’intérêt qu’elle portait à la conversation. Je lui fis gentiment remarquer que son comportement envers Thierry n’était pas correcte.  Thaïs se moquait bien de mes paroles de « grand frère ».  Je tentais toutefois de la ramener à plus de sagesse et d’arrêter de faire marcher ce toubib… En vain…

 – Thomas, me répondit-elle, un jour assez vertement, t’occupe pas du chapeau de la gamine, laisse flotter les rubans. »

Après cela, je me gardais bien de lui faire la moindre remarque. Mais je sentais que les turbulences amoureuses n’allaient pas tarder.

La semaine suivante je me rendis à Lyon chez mon chirurgien. Ma sœur en profiterait pour aller faire une petite randonnée, elle voulait se rendre par les chemins de terre au village voisin ; elle traverserait les bois ; cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas marché seule.

Lorsque je revins, en fin d’après midi, la maison était vide. La femme de ménage avait laissé un mot sur la table indiquant qu’un repas froid était prêt dans le réfrigérateur et qu’elle avait porté la robe de soie sauvage saumon de mademoiselle au pressing. Elle avait ajouté que les élèves de la classe de CM2 désiraient utiliser le fond du pré, le long du ruisseau, pour la fête de l’école ; ils voulaient aussi y construire un totem. L’institutrice avait l’accord des propriétaires mais elle souhaitait l’accord de monsieur Thomas. Je fus ravi de ce rendez-vous avec Tina, de son vrai petit nom Martine ;  elle me plaisait bien cette maîtresse d’école. Je n’allais sûrement pas refuser l’ occasion de déguster  un thé au jasmin sous la tonnelle et je boirais aussi ses paroles.

Ma sœur arriva tard dans la soirée, elle était échevelée et rouge comme une tomate mûre prête à éclater. 

Elle me déclara tout de go qu’elle avait passé une journée éreintante.  Elle était partie comme prévue. Arrivée près du petit pont, elle avait failli être culbutée par la voiture du docteur,  baptisée Torpédo tabac ,  et que  sans façon ni explication, il l’avait fait montée dans sa voiture. Il avait une urgence, elle pourrait l’aider.  La pauvre Tara, dépressive éternelle, s’était encore une fois tailladé les veines et il avait besoin d’une infirmière. Pauvre Thaïs elle avait protesté. Alors oubliant les bonnes manières, le docteur était entré en fureur, lui reprochant ses minauderies, ses mensonges dont il n’avait pas été dupe et que maintenant, il lui fallait affronter la réalité de la vie.

« – Il a été merveilleux, finit-elle par dire dans un soupir de bonheur.  Il a sauvé Tara ! Je l’ai aidé lorsque la fille de la boulangère a accouché prématurément. Mais maintenant je sais qu’il ne veut plus me voir.

Je regardais ma sœur avec tendresse et affection ; elle était transformée je dirai même transfigurée. Mentalement, je tirai mon chapeau au toubib…

Restait que ma sœur cette fois était mordue et je ne savais pas trop comment tout cela allait se terminer.

Le dimanche suivant, la Torpédo tabac de Thierry s’arrêta devant la grille de la villa. Un Klaxon tinta joyeusement. Il était accompagné de Tina, son amie d’enfance….

13 réflexions sur “Tranche de vie

  1. Tu l’as gâté Renée
    Et bien remanié en effet
    Douée tu l’es
    Bonne journée
    Viens chez moi, si tu veux boire un autre T

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  2. Ah un T au jasmin sous la tonnelle ou pas… je prends, merci Lilousoleil

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  3. bravo pour ton texte en T !
    quelle imagination ma Lilou !
    buvons un Thé ! bisous et belle journée-

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  4. J’ai pris beaucoup de plaisir à te lire à tel point que je n’ai même pas fait attention au défi en T. Belle journée

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  5. je suis sous le charme, que dire d’autre???
    merci Lilou, un vrai moment de bonheur
    bises

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  6. Merci beaucoup Lilou un super texte qui on dirait pourrait même être début où partie d’un roman….Bravo je suis très touchée car il est super bon..Bisous bisouss

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  7. Bonjour,
    cela se laisse lire sans vague, beau texte, c’est vrai que les portes d’un ouvrage sont ouvertes.
    Bonne journée
    Bises

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  8. une réédition tout à fait faite pour ce défi et même j’ai vu bien d’autres t. et je découvre ce texte avec plaisir
    belle fin de journée

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  9. un sacré texte !!! bonne journée

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  10. Un superbe texte, Lilou ! Bonne soirée !

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  11. Tiens j’ai raté ce billet il faut dire qu’apres une virée rapide dans les Vosges ma boite mails déborde déjà .
    Je me suis régalée à cette lecture bravo tu as bien travaillé
    Bon week end
    Bisous

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    • oh moi je traîne entre Besançon et mon bled paumé de Haute Marne.
      Demain je suis dans un vide grenier et comme il fait très chaud… j’ose espérer un coin à l’ombre…
      Merci pour ton commentaire.
      avec le sourire

      J'aime

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