les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Le salon dormait…

6 Commentaires


Pour les Impromptus littéraires 

Le salon dormait dans la pénombre, Magali était assise dans rocking chair. Elle se balançait doucement et fredonnait. Contre son épaule, une fillette fraîchement débarbouillée, sentant la fraise et la vanille serrant dans ses bras une peluche, vestige d’un doudou, était endormie. Près d’elles, un chiot tout propre, allongé dans un corbeille, le museau dans les pattes, les observait. La chaleur de ce petit être contre sa poitrine lui fit l’effet d’un baume ; c’était du miel … Demain, elle verrait, demain elle prendrait une décision, demain elle irait à la gendarmerie… demain, elle irait voir le capitaine, demain serait un autre jour.
Un mois, deux mois, trois ou plus, déjà ou seulement, elle ne savait pas, elle ne savait plus. Elle avait une montagne de copies à corriger. Elle n’en avait pas, elle n’en avait plus le courage. Aujourd’hui, elle pouvait plus. Sa sœur, Lilas, l’avait aidé autant qu’elle avait pu ; Lilas avait en fait tout pris en main. Trier les vêtements, les jeux, les bibelots préférés. Lilas s’était chargée de faire une distribution équitable. Elle avait aussi assuré les courses et les repas. Mais elle avait dû repartir. Elle aussi avait sa famille et son travail, ses cours à préparer.
Magali, assise dans la cuisine, une tasse de thé brûlant, comme disent les Anglais c’est le remède souverain contre tous les maux, regarde tristement la grande cour pavée de cette ferme qu’ils avaient retapée ensemble, cette cour remplie de voitures de gendarmerie. Elle revoit, le cœur battant, le capitaine lui annoncer avec beaucoup de douceur que l’accident…que son mari… ses deux enfants… la voiture…
Elle n’entendait plus rien ; elle ne voyait plus rien. A quarante ans sa vie était brisée. Elle ne pourrait pas s’en remettre. Il avait été délicat, très prévenant ce capitaine il était venu une fois ou deux à titre personnel juste par gentillesse. Afin c’est ce qu’elle croyait.
Magali se leva, elle soupira les larmes aux yeux. Le silence toujours ce silence coupé seulement par le requiem de Fauré, ce requiem si apaisant qui passait en boucle le mercredi matin. Plus jamais elle n’entendrait :
– Mag t’as pas vu ma cravate Gilbert, bleue à pois ? T’ sais dans la buanderie je pourrai t’installer un…..
– Maman, Vincent ne veut pas zouer avec moi… M’an mon maillot de basket ? Maman fais moi un câlin. Plus jamais, elle ne dirait : « un gratin dauphinois pour ce soir » ?
Plus de câlins plus de fou rire, plus de balade en vélo sur le chemin des noisettes.
Elle s’installa dans la petite serre, au milieu des plantes exotiques qu’Alain aimait tant, sa pile de devoirs de maths à corriger. Elle en était à sa dixième et comme toujours, elle commençait à compter combien il lui en restait quand son œil fut attiré par un mouvement dans l’embrasure du portail ; une silhouette se découpait. Une petite fille maculée de boue, le regard éteint trébuchait sur les pavés de la cour. Elle avançait tenant dans ses bras un paquet bizarre ; un petit chien, son chiot.
Sans même réfléchir, Magali se précipita vers l’enfant.
Le salon dormait dans la pénombre… une toute petite lumière blanche filtrait au travers du volet cassé ; une toute petite mais lumière quand même… Demain, elle verrait, demain elle prendrait une décision, demain elle irait à la gendarmerie… demain, elle irait voir le capitaine, il comprendrait ; demain serait un autre jour.

Double inspiration

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6 réflexions sur “Le salon dormait…

  1. c’est très triste et je pense que je dois voir sur d’autres article si il n’y a pas un début a cette histoire….on dirait qu’il y a eu décès mais de qui? Bisousssss

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    • Oui c’est triste bien que pour moi ce soit une fiction… si vous lisez bien, il y a une lueur d’espoir… Imaginez la suite plus joyeuse l’occasion se trouvera peut-être dans une autre proposition dans un de mes ateliers
      avec le sourire

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  2. Un départ bien triste, espérons que l’avenir soit moins noir.
    Bonne plume.
    Bonne fin de semaine
    Bises

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  3. Cette petite a un regard qui interroge et qui espère
    Je suppose que nous aurons une suite @ Bientôt

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  4. C’est beau et cela m’a touchée. Bon week-end

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  5. je reviens sur ce bel article hier impossible- j’ai désactivé adblok pour arriver à poster mes coms sur le tableau du samedi-
    une belle histoire, triste mais pleine d’espoir pour cette femme et cette petite fille-
    un remède à leur tristesse , s’entraider mutuellement en se donnant de l’amour-
    bon samedi et bravo –

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