Echapper


Pour les plumes (46) d’Asphodèle

les nouvelles plumes

La Belle au bois dormant, allongée sur son lit, les draps de soie crème, brodés d’oiseaux de paradis, bien tendus, contemplait le ciel étoilé. Le souffle court, elle admirait, le grand chêne au feuillage noir qui se découpait dans le bleu marine de la nuit ; au loin elle apercevait la lune ronde baignant dans un voile de clarté envoûtante. Un  rossignol quelque part avait entamé  ses trilles avant de retrouver son nid douillet

Cela faisait déjà un plusieurs jours qu’elle était réveillée. Quel imbécile avait décrété qu’elle   devait dormir cent ans… Elle s’en fichait elle,  de Charmant ou du Prince Machin… Elle voulait quitter ce palais qui l’empêchait de respirer. Elle voulait courir le monde, partir en voyage , s’abstraire des servitudes de princesse… ah que le jeune poète lui avait plu ! Il lui avait donné rendez-vous dans la tour est du château et ce n’était pas la première fois, doux moments de liberté.

Il était arrivé un matin avec sa troupe de troubadours. Au début, les spectacles plaisants la divertissaient de cette vie monotone, confinée à la broderie avec les dames de compagnie de sa mère qui avaient pour devoir de garder l’œil sur elle. Elle ne devait en aucun  cas se blesser. Jouer, danser ? Interdit ! Elle ne devait ni se piquer ni se couper avec le matériel de broderie. Filer la laine ? Attention au fuseau ! Lui avait susurré une bohémienne au rire joyeux, un jour que des bonimenteurs s’étaient installés sur la place. Ce même soir l’aède avait récité des poèmes. Tout de suite, il lui avait plu et c’est sans complexe qu’elle l’avait suivi un peu plus tard. Depuis ils se rencontraient en cachette. Elle rêvait de partager cette vie de musicien ambulant. Elle jouerait du luth pendant que Poète réciterai ses vers… Il serait le gardien de ses nuits… Elle ferait maintes et maintes choses, toutes celles qui lui étaient défendues.

Seulement rien ne se passa comme elle l’avait imaginé. Alors qu’elle rangeait le petit poudrier que son père lui avait offert pour son anniversaire, le couvercle mal fermé lui glissa des mains et le contenu se répandit sur la table de toilette laissant la poudre faire un nuage… Elle n’eut plus aucun souvenir… elle se retrouva dans ce  grand lit à dormir cent ans. On n’échappe pas à son destin.  A moins que…

ET puis non ! La Belle, en eu assez d’attendre le baiser libérateur, elle se leva, enfila son jean son pull en poil de lapin angora, attacha prestement ses lacets et  sortit sans fermer  la porte. La fugue n’en serait que plus visible. D’ailleurs normalement eux aussi devait dormir cent ans. Son portable sonna. Elle lut le message : Annabelle comme d’hab, sous le chêne…

20 réflexions sur “Echapper

  1. J’ai adoré ce texte mêlant le conte et la réalité. C’est rafraîchissant et elle a bien raison de s’échapper des contraintes pour courir vers son amoureux. Vive la vie et bravo ! Coryphee

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  2. Ah ! tout d’même, les contes modernes sont plus rythmés !
    Un point de vue original, Lilou, pour revisiter un conte qui me faisait rêver 😉
    Bonne semaine et gros bisous

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