les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

L’homme au complet gris

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Chapitre 3 –  le lendemain du crime de Vincent Hugo

Lovée contre le corps chaud de Thomas, j’étais un peu rassurée. Il ne m’avait posé aucune question juste une petite allusion, hier soir pendant que nous dînions. Je me pelotonnai un peu plus contre lui. J’étais bien sous la couette avec lui, mais dans un sacré pétrin. Les images de la veille revinrent me tourmenter ; un vrai cauchemar.
D’abord, un cadavre découvert dans un endroit inconnu, mes mains maculées de sang, ensuite penchée sur le mort, les doigts sur la paire de ciseaux, j’avais relevé la tête et je l’avais vue, là, sous mes yeux ; la photo, ma photo ! Impossible, c’était tout bonnement impossible ; tout à fait incroyable ! Puis une femme que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam m’avait préparé du café, enfin un ersatz de café que nous avions « dégusté » en compagnie d’un inconnu ; pas mal du tout l’inconnu que j’avais bousculé ne me précipitant dehors. Dire que le matin même, je me plaignais de ne pas vivre d’histoire croustillante !
J’avais subtilisée la photo ! Ils allaient bien le découvrir et je serai suspecte number one ! Un peu de ma vie, cette photo. J’ai la même, plus petite dans mon porte cartes ; enfin je l’avais, je l’ai perdue il y a quelques jours. Combien de fois avais-je contemplé ce cliché ancien aux couleurs estompées ; quatre jeunes filles qui souriaient à l’objectif le regard heureux. Pourquoi et comment cette photo était en possession de cette Mme Loriot ! Qu’est-ce qui me reliait à elle ? Je nierai bien évidemment, je nierai tout quand le capitaine Burel et son bel acolyte viendraient demain au salon comme ils l’avaient annoncé. Quelles preuves avaient-ils ? Et venaient-ils pour moi ? M’avaient-ils vue quand j’étais rentrée et re-sortie très vite de la maison pendant qu’ils jacassaient dans le jardin.
J’avais pris une douche brûlante suivie d’une autre glacée pour chasser la fatigue et la peur. C’est alors que le téléphone avait sonné me faisant sursauter.
« – Mademoiselle Laurine Gallonet ? Colonel Thomas Drouet, vous vous souvenez ?
Evidemment que je me souvenais. Comment ne pas s’en souvenir ? Grand et mince, des mains et des ongles soignés, un regard bienveillant et un sourire ravageur, les cheveux coupés un peu trop court à mon goût mais militaire oblige … Sa voix chaude au timbre grave me fascinait. Quel âge ? Une trentaine ? Plus ? Il avait du grade quandmême ! Son appel avait renforçé mon anxiété.
Il dut trouver le temps long car il répéta :
– Laurine, vous vous souvenez de moi ? je voulais m’assurer que vous alliez mieux…
– Heu heu….
– Ecoutez, je pense que nous avons fait connaissance un peu brutalement. Accepteriez-vous de prendre un verre ? Disons vers 19h30 à la Brasserie Georges… A tout à l’heure.
Je n’avais pas eu le temps de bredouiller une répons qu’il avait déjà raccroché. J’étais si lasse et si inquiète. Alors j’avais séché ma chevelure un peu folle, l’avais disciplinée avec un peigne italien. J’avais hésité entre la tenue, la jupe-chemisier ou la robe un peu sexy, histoire de voir… mais voir quoi au juste… N’allait-il pas croire que je serai une conquête facile ? J’avais bien entendu sa conversation avec le capitaine Burel avant que ne dérobe la photographie. Elle revenait me hanter l’esprit. Il sait, il sait c’est sûr ! M’étais- je dis le cœur serré.
Finalement la petite robe rouge et un legging noir avaient eu ma préférence, complétés par un petit boléro en fausse dentelle noire et des chaussures à talons ; juste un peu de rimmel noir et une touche de parfum. Mon manteau était quelconque mais il faisait encore un peu frais en cette période de l’année.
Dans la brasserie régnait le bourdonnement normal d’un début de soirée. Un homme rougeaud, sûrement éméché déclencha l’hilarité au sein d’un groupe ; sûrement venait –il de raconter une blague des plus graveleuses. Le lieutenant colonel Thomas Drouet était déjà arrivé et se leva pour m’accueillir. Il me conduisit vers une table dans un coin tranquille au fond de la salle.

Après avoir passé la commande, pour moi juste un verre d’eau minérale, nous avions échangé quelques banalités. Il avait fait ses études de droit à la fac de Lyon puis était entré dans la gendarmerie. Je lui ai raconté que j’avais fait l’école d’esthétique après avoir passé une licence de lettres.
– Laurine, vous n’avez rien à me dire ou à me confier, si peu soit-il, m’avait-il demandé alors à brûle pourpoint.
Le charme était rompu, j’étais restée silencieuse devant mon verre d’eau triturant misérablement la tranche de citron qui ne m’avait rien fait. Il n’avait pas insisté mais j’avais bien senti un brin de déception quand il avait repris la parole.
Ensuite, nous avions dîné et s’était montré un compagnon plein de charme, d’attention et d’humour. Il m’avait raccompagnée et …. Je n’avais pas résisté à ses autres talents.
– Tu me caches quelque chose. Je ne suis pas pressé me dit-il soudain en me caressant la joue tendrement ; me sortant de ma délicieuse torpeur. Tu peux me faire confiance, ne serai-ce que parce que j’ai sérieusement enfreint la déontologie d’une enquête. Bon je pars chercher les croissants. Tu prépares le café ? Après, je file ; j’ai rendez-vous avec Richard, pour un interrogatoire dans un certain salon d’esthétique.
– Alors d’une petite voix, je me mis en devoir de lui expliquer ; à droite de la photo, c’est ma tante Rose, à gauche, c’est sa sœur aînée, ma mère et entre elles deux Sylvaine et sa petite sœur Suzanne agenouillée par terre , leur amies d’enfance et d’espiègleries. C’est tout ce que je sais. Mes parents sont morts il y a très longtemps dans un accident de voiture. C’est Rose qui m’a élevée. Je pense aller la voir à aujourd’hui midi.
– Pourquoi l’avoir prise ?
– Parce que j’ai eu peur que l’on m’accuse d’avoir tué ce Vincent Hugo ; j’avais la même dans mon porte carte en plus petit. Hélas, je l’ai perdue il y a quinze jours. Mais tu dois me croire, je ne l’ai pas tué !
Au moment où il passait la porte, son portable signala un message. Son visage se décomposa…
– Un problème ! C’est Richard me dit-il. Il m’attend « Au temps pour soi », une certaine Laurence a été retrouvée étranglée avec son écharpe.

2 réflexions sur “L’homme au complet gris

  1. J’aime beaucoup ce récit … Toute en finesse, en doux souvenirs et en allusions. C’est si bien mené …
    Je me souviens d’un jour froid d’hiver j’avais un rendez vous que j’attendais depuis si longtemps …
    J’en étais toute émoustillée.
    Mon cœur chavirait à toutes les stations de métro et dans ma tête je me disais « allez t’inquiète tout va bien se passer »….
    Je sors du métro je me rapproche du point de rendez-vous… Enchantée et pétrifiée à la fois.
    C’était un rendez-vous inconnu qui me rendait si joyeuse.
    Je pénètre dans le bistrot et tout de suite le même regard si profond et doux que j’avais vu une première m’a prise au tripes … L’homme était beau et avait un sourire généreux.
    Puis le temps s’est arrêté …
    Une femme est arrivée, je me suis dit, tiens on va faire ménage à trois, ça risque quand même d’être compliqué …
    Le moment fut des plus simples et plaisant.
    J’ai même eu la chance de profiter d’un petit moment d’intimité timide sur un bout de banquette en fin de journée, la gentille femme s’en était allée pour nous laisser chavirer
    Bisous conquis

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  2. Je te suis toujours avec autant de plaisir. En plus un autre meurtre, sont-il liés ? j’attends avec impatience la suite

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