L’homme au complet gris


Chapitre 2 – Récit de Thomas

J’avançai rapidement, cherchant le n°81 rue Lanterne, en comprenant de moins en moins comment le quartier était construit. Le système de numérotation était tellement farfelu que je me perdis dans ce dédale en croissant de lune. J’aboutis dans un cul de sac. Je contrôlai encore une fois l’adresse. C’était bien la bonne, plusieurs lectures ne l’avait pas changé. J’aperçus un magnifique chat roux sur le rebord d’une fenêtre qui avait l’air de surveiller la rue, quand sortant des bouches de l’enfer une jeune femme bondit hors d’une propriété. Elle se jeta sur moi, faillit me renverser ; je ne pus que la soutenir dans mes bras avec sans conteste un certain bonheur ; les jeunes filles en détresse ne me laissent jamais indifférent, surtout quand elles sont mignonnes. Et celle-ci pour être mignonne…
– Attention, pleurnicha-t-elle, j’ai du sang partout sur les mains !
– Moi aussi maintenant ! dis-je en revenant à la réalité.
Après l’avoir difficilement calmée, elle me raconta une histoire de cadavre. Je la laissais glisser doucement sur le trottoir contre la grille et me précipitai à l’intérieur. Elle avait dit vrai ! Un cadavre gisait dans un petit salon, une paire de ciseau de coiffeur posée sur une blessure sanglante.
La police arriva rapidement. Nous étions, Madame Loriot, Laurine, elle m’avait confié son prénom et moi, silencieux devant un breuvage au goût bizarre, que l’on nommait café.
Le capitaine Burel, fit les constations d’usage et l’équipe de l’identité judiciaire procéda aux relevés d’empreintes et tout le toutim. Le capitaine Burel recueillit les premiers témoignages.
Le mort, habillé d’un complet gris, avait une carte de visite dans sa poche de son veston. Il semblait être généalogiste et portait le nom de V. Hugo. On ne peut pas l’inventer !
Laurine Gallonet expliqua au policier Burel, les raisons de sa présence. Elle avait respecté à la lettre les consignes de sa patronne, Mme Sylvie Leroux, directrice de l’établissement « Un temps pour soi ». Elle ne connaissait pas le mort.
Madame Annette Loriot tripotait les manches de son pull rose corail qui peluchait. Elle nia farouchement avoir appelé une esthéticienne. Elle s’était rendue à l’institution d’enseignement privé où elle était professeur de maths. Elle avait cours de de 14h 30 à 15h 45, elle ne connaissait ni la jeune demoiselle ni le mort, chez elle ! Quand je me permis de lui redemander si elle avait déjà vu ce Monsieur Hugo, elle me répondit vertement :
« Comment osez-vous ? Quel malheur ! »
Madame Annette Loriot se résigna à préparer un sac ; elle ne pouvait rester là ; on allait mettre les scellées. Quant à Laurine, Burel la fit raccompagner chez elle. Il irait plus tard au salon « Un temps pour soi » pour faire la causette avec Mme Sylvie Leroux.
Je sortis avec le capitaine Burel faire le tour de la maison. Du coin de l’œil nous vîmes la jeune fille entrer rapidement dans la maison et en ressortir tout aussi vite.
« – Alors Thomas, quel bon vent t’a amené ici sur les lieux d’un crime, en compagnie, je te l’accorde, d’un joli brin de fille. ». Toujours à courir la prétentaine !
Là je m’aperçus que je ne me m’étais pas présenté. Je suis lieutenant colonel de gendarmerie. Pendant dix ans, j’ai servi à la DGSE, activité passionnante et dangereuse, pas vraiment compatible avec une vie de famille. Et puis dans les services secrets, les occasions ne manquent pas. Depuis plus d’un an, je travaille avec les services de douanes. Je connais Richard Burel depuis qu’en culottes courtes, nous courrions les bois et les chemins de campagne.
– « Ah tu as remarqué ! Ne blague pas ! Ses beaux yeux bleu pervenche en amande et ses cheveux blond vénitien aux reflets roux. As-tu sentis son parfum de benjoin ? Et son jean moulant ? Et si tu avais vu son regard affolé d’oiseau tombé du nid !
– Te voilà sous son charme ! N’oublie pas qu’elle est suspecte ! Mais Tu ne m’as pas répondu ? que faisais-tu justement là ?
– Une enquête sur des trafics d’œuvres d’arts ; je cherchais le n° 81 de la rue…
– Tuyau crevé…Tu t’es fourvoyé ; le 81 se trouve de l’autre côté. Il fallait prendre à gauche puis encore une fois, puis à droite. La maison est habitée par un couple. Lui, un drôle de provincial, entrepreneur dans les travaux publics ; il a pris sa retraite depuis quelques années, suite à une faillite, disons, un peu frauduleuse. Elle, une femme élégante, plus jeune que lui mais surtout qui a hérité d’une fortune considérable d’un oncle d’Amérique venant a point nommé pour éviter à son mari la prison. Ah l’argent et son pouvoir ! Bon, tu viens, je boucle, et on va questionner madame Sylvie machin directrice du salon.
Nous allions fermer la porte quand :
« Richard, dis-je d’une voix étranglée la photo, la photo dans le cadre a disparu. » Aussitôt la vision de Laurine entrant et sortant nous vint à l’esprit.
« On dirait que ta beauté fatale est de plus en plus suspecte. »

4 réflexions sur “L’homme au complet gris

  1. J’ai lu avec plaisir les deux chapitres, j’aime les policiers et tu sais très bien faire monter le suspens. Laurine est t’elle suspecte, peut être y auras t’il une suite, je l’attends avec impatience.

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  2. Ah, voici l’affaire vue sous un autre angle et nous faisons connaissance avec Thomas, j’étais loin de me douter qu’il n’était pas qu’un simple passant ! Passionnant, Lilou, un grand bravo et merci ! Bises !

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