les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

L’homme au complet gris –

3 Commentaires


Chapitre 1 – Récit de Laurine

Je suis arrivée au salon « Un temps pour soi »,  six minutes en retard après la pause de  midi . Je fus appelée, in petto, dans le bureau de madame Sylvie que nous appelions entre nous la mère Silo. Je laissais mes collègues de la coiffure ricaner béatement. J’eus le temps de faire mine de leur lancer un mouchoir en papier en guise de projectile et c’est, munie de mon agenda planning, que, prenant une profonde inspiration, je frappai à la porte du bureau. Mais où allai-je bien encore trouver une plage pour un RDV. Les heures supplémentaires commençaient à s’additionner dangereusement pour ma patronne ; elle ne rechignait jamais à les rémunérer mais quand même ; tant mieux pour  mon bas de laine qui se remplissait.
J’entendis une sorte de grognement qui signifiait « Entrez ».
Aussitôt, le regard d’aigle de la mère Silo me déshabilla.
Ce matin, j’avais enfilé un jean délavé et une chemise à carreaux écossais flottant sur mes hanches. J’avais chaussé des bottes de cuir à talons ce qui ne lui plut pas vraiment. Pour elle, c’est sûr j’étais dépenaillée ; la boss tient à la tenue impeccable de ses esthéticiennes et coiffeuses. Faut dire qu’elle-même, est toujours tirée à quatre épingles, chemisiers en soie jabot de dentelle et tailleurs Chanel seyant sur lequel elle ne manque jamais d’accrocher une plume de cygne, un porte bonheur offert par son frère jumeau. Il faut bien cela pour faire oublier qu’elle gère ce salon soins esthétiques et coiffure d’une main de fer alors qu’elle sait tout juste se servir d’une pince à épiler ou d’un peigne. Pour elle, c’est du business ; il suffit d’avoir de bonnes employées avec les bons diplômes et il faut bien reconnaître qu’elle était douée pour les affaires et qu’elle savait faire tourner sa boutique.
« – Madame Sylvie, vous m’avez demandé ?
– Ma chère Laurine faudrait voir à être à l’heure !
-Madame Sylvie, il y avait des embouteillages suite un accident ; un suicide sous le tram.
-Peu m’importe, vous n’aviez qu’à prévoir ! Veuillez vous en souvenir ! Laurine cet après midi, tous vos rendez-vous après seize heures sont annulés. Vous vous rendrez au domicile de Madame Loriot, au 18 rue lanterne. Elle a expressément demandé que se soit vous pour ses soins habitu… Que faites vous bouchée bée, et à hoqueter ? Prenez notes ! Vous la connaissez je pense. Et n’oubliez pas d’établir la facture.
Mais madame Sylvie, je ne vois absolument pas de madame Loriot dans mes clientes à domicile…Je vais devoir prendre le métro, la rue Lanterne est à l’autre bout de la ville…
Un bon point pour vous ! Vous connaissez votre Lyon par cœur ! Vous ne la savez pas qui est madame Loriot ?  Annette Loriot ? Alors pourquoi demande t-elle spécialement Laurine ! Et puis cessez de discuter ! Vous avez l’onglerie à préparer !
Je tombai des nues. Auparavant, c’était toujours Chantal qui se chargeait des tournées impromptues. Pourtant depuis plusieurs semaines, force m’était de constater qu’elle m’envoyait davantage aux domiciles des clientes. Mais le travail c’est le travail ! Fallait supporter les nouvelles idées lumineuses du chef. Je n’eus ensuite pas vraiment le temps de réfléchir à la question. Je fis d’abord les ongles d’une pimbêche et puis épilai le torse d’un vieux beau grincheux et douillet qui me conta dans le menu, comment il avait été chercheur d’or en Amérique et d’émeraudes en Colombie pensant ainsi me séduire. Ensuite, je rangeai soigneusement ma cabine, mis ma blouse dans le lave linge, nos blouses blanches devaient être immaculées .J’ai nettoyé et désinfecté ma surface de travail puis j’attrapai mon sac non sans avoir vérifié le contenu de ma mallette. Au moment où je franchissais la porte :
« Ah – Laurine, heureusement vous êtes encore là, j’ai omis de vous préciser que Madame Loriot sera peut-être un peu en retard, la porte sera ouverte et vous entrerez directement dans la pièce à droite un genre de boudoir bleu.
Je bredouillai un « bien madame » et je me mis en route. Je me pris à rêver. Je souhaitais rencontrer le prince charmant, mes quelques amants n’ayant jamais daigné réchauffer mon lit plus d’une semaine, ou qu’une aventure un peu chelou  border-Line vienne pimenter mon quotidien trop terne.
Je ne croyais pas si bien dire. Je progressai à petits pas dans la rue Lanterne ; j’eus du mal à repérer la maison. Les numéros attribués de manière fantaisiste ne se suivaient pas. Enfin j’arrivai subitement dans un espace en croissant de lune où je vis une grille entrouverte. Je suivis les instructions et allais m’installer dans le canapé quand en le contournant je trébuchai sur quelque chose… Mais c’est quoi ça encore ? Oh….Un cadavre !!! Un homme en costume gris était étendu, là par terre, une large tache brune sur la poitrine. Machinalement je tendis ma main vers la blessure ; je sentis un objet métallique qui ressemblait à ses ciseaux à ongles ;  je retirai vivement mes doigts ; ils étaient poisseux de sang.
En me relevant, je vis par la fenêtre une femme, les cheveux blancs qui tenait un cabas à provisions dans la main gauche, franchir l’entrée.
« – Qui est là ? Il y a quelqu’un ? demanda-t-elle avant de pénétrer dans le boudoir où elle fit quelques pas. Je compris qu’elle avait senti ma présence avant de me voir. Je me mis à hurler : « Attention, vous allez lui marcher dessus » !
Laurine se rua dehors, et, dans la rue, heurta un jeune homme qui passait là et qui la reçut dans ses bras non sans un brin de fierté.

3 réflexions sur “L’homme au complet gris –

  1. une étrange histoire !! une patronne peau de V !!
    la suite prochainement-
    bisous !

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  2. Bonjour. Ah oui, étrange histoire. On a vite envie de lire la suite !
    FP

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  3. Oh, un roman policier qui commence, super, Lilou ! Et je ne peux pas mettre que L’homme au complet marron de ton défi ressuscite ici, ce serait de très mauvais goût ! Je me suis plongée dans l’univers du salon de beauté avec délice et je vais suivre Laurine avec empressement ! Bises !

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