Défi des croqueurs – Souvenirs, souvenirs


Le défi lancé chez les croqueurs par Liloules croqueurs

Septembre 1970 : Clitandre avait fêté ses trente ans au mois de juin dernier. Sa famille et ses amis avait tous craché au bassinet pour lui offrir un voyage aux Etats-Unis ; plus précisément en Louisiane. Il adorait le jazz et s’époumonait à souffler dans une trompette se prenant pour Boris Vian. Cela lui changerait les idées car sa fiancée Eulalie l’avait largué depuis deux mois ; jalouse comme un pou elle n’avait pas voulu écouter les explications de son fiancé quand elle l’avait trouvé qui embrassait langoureusement sa collègue de bureau. En vérité, celle-ci elle avait organisé un pot de départ au club « la mésange bleue » Elle quittait l’entreprise pour s’installer à Paris avec son mari. La jeune femme voulait réaliser un fantasme, embrasser ses collègues masculins. C’était au tour de Clitandre quand Eulalie était passée devant le bar. Elle revenait en principe de l’herboristerie où elle avait acheté pour sa grand-mère de Aloysia triphylla, citriodora ; coïncidence ? la jeune fille entra brusquement dans la salle en hurlant :
« Salaud » ! Et sortit aussi précipitamment qu’elle était entrée refusant d’entendre quoique ce soit.
Les fiançailles avaient été aussitôt rompues aussitôt mais Clitandre, beau seigneur, refusa de reprendre la bague un solitaire magnifique. Qu’en aurait-il fait ? On ne plaisantait pas à cette époque là. La France dirigée par Georges Pompidou était très pudique en apparence. Lui, Il avait des souvenirs coquins et sensuels en mémoire qui vrillaient le cerveau ; des éclats de rire et les soupirs quand après l’Andromaque au galop ou la pieuvre, ils s’offraient un plat de pâtes à la carbonara arrosées de Chianti.
Depuis Clitandre traînait sa peine comme un fardeau ce voyage aurait un petit goût de guérison.
A la Nouvelle Orléans, il avait assouvit ses désirs musicaux ; Il s’était fondu dans les quartiers chauds et exotiques, vivait au rythme des saxophones qui la nuit chantaient leur espérance ou pleurait leur désespoir. Il déambulait dans les rues où les filles au cœur d’or lançaient des invitations à faire rougir un évêque. Céda-t-il au désir ?
A son retour, il chercha à s’étourdir dans les caves à musique et cabarets Jazz. C’est ainsi qu’un soir, il croisa Eulalie qui arborait sa bague, le superbe diamant scintillait de tous ses feux à son annulaire gauche… Son cœur bondit avec la sensation que son sang se transformait en eau de javel. Eulalie avait l’air de s’ennuyer poliment mais fermement en compagnie d’un godelureau, une espèce de minet fagoté ;  pantalon patte d’éphe sur des cuiise de poulet et mollets de coq.
Il s’approcha ;  elle lui sourit gentiment, l’embrassa sur la joue, lui murmura quelques mots à l’oreille. Aussitôt il l’entraîna dehors et disparurent dans la nuit.
Aujourd’hui, plus de quarante ans après, Clitandre et Eulalie contemplent leur album photos celui de leur mariage. Elles ont le charme désuet des costumes des années soixante-dix, lui l’homme au complet marron, elle, avec sa belle robe blanche de mariée et une capeline qui lui mange un peu le visage rieur et malicieux.

 

15 réflexions sur “Défi des croqueurs – Souvenirs, souvenirs

  1. Comme quoi … ne jamais désespérer ! Bien que … c’était à deux doigts. Mais la vie fait parfois se retrouver les amoureux et c’est tant mieux, surtout s’ils en sont, maintenant à quarante ans de mariage.
    Bonne journée

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