les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

douceur de printemps

28 Commentaires


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homme portant une blouse Gustave Caillebotte

Pour Mil et une
& pour les 42èmes plumes chez Asphodèle

 

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Le printemps revenait ; la nature après son hibernation, reprenait ses droits… déjà l’air s’allégeait, les parfums de terre humide chatouillaient les narines. Les oiseaux commençaient leur joyeux raffut de pizzicati cristallins

Gustave allait, mains derrière le dos. Il suivait à distance respectable, une silhouette tout de noir vêtue. Cela faisait plus d’une année que Maurice était parti. Une année durant laquelle chaque jour, Emilie lui rendait visite… Elle allait au cimetière quel que soit le temps, se recueillait sur la tombe de son époux adossée à l’ubac d’un petit monticule de terre garnie de fougères, formant un édredon de verdure comme pour le protéger. Gustave espérait… Il espérait que ce printemps verrait la renaissance de la belle Emilie. Elle était trop jeune pour rester seule… Elle avait besoin de chaleur et lui, Gustave était prêt à lui offrir, non pas une passion dévorante mais une passion raisonnée, douceur de vie, une grande tendresse. Loin de critiquer Maurice, son ami, il pensait qu’il n’avait pas été le compagnon idéal… Il avait pris quelques libertés avec le contrat de mariage, quelques coups de canif malvenus l’avait fait virevolter en dehors du logis sans pour autant le déserter…

Lui, Gustave, serait fidèle, il prendrait sous son aile la veuve et l’orpheline, cette ravissante petite fille aux boucles brunes qui ressemblait tant à sa maman. Un vol de cigognes attira son attention… Une façon de lui rappeler que le chemin serait long pour arriver à toucher le cœur d’Emilie. Mais il n’y avait pas d’urgence, il prendrait le temps…tout vient à point pour qui sait attendre. C’était la devise que son propre père lui avait inculquée. Pour l’instant, l’attente était volupté… A cheminer derrière Émilie son imagination lui ouvrait des portes inviolables. Des images coquines lui envahissaient l’esprit. Il voyait Emilie, l’accueillir à la tombée de la nuit dans une nuisette vaporeuse. Il l’imaginait émergeant de sa couche, les lèvres encore amollies par le sommeil ayant retrouvé l’insouciance d’avant son union avec Maurice… Tous les deux en était amoureux, différemment bien sûr… Elle avait choisit le plus exubérant des deux, celui qui osait, celui qui entreprenait… Gustave n’avait pas de métier… Il était peintre, aisé certes mais peintre. L’art n’était qu’une activité laissant une bonne place à la paresse ; ce n’était pas un vrai un travail, et pour les parents d’Émilie, cela avait aussi fait la différence. Autre temps où les jeunes filles se pliaient aux volontés paternelles.

Gustave, s’était assis sur une grosse pierre… Machinalement, il se baissa pour ramasser une plume de tourterelle qui venait de se poser là, juste à ses pieds. Il la fit lentement tourner sur elle-même entre pouce et index. Tout à ses pensées, il n’avait pas entendu les pas crissant sur le gravier… Une voix lui murmura ;

« Gustave, souhaites- tu me raccompagner ? Je suis prête maintenant ! »

Gustave releva la tête… Une sourire illumina son visage ; un instant, un instant seulement il crut être le maitre de l’univers.

Les mots d’asphodèle : Douceur, printemps, déserter, sommeil, chaleur, renaissance, air, bernard-l’hermite, édredon, paresse, plume, aile, volupté, insouciance, liberté, vaporeux, virevolter, cigogne, nuisette, ubac, univers, urgence.

28 réflexions sur “douceur de printemps

  1. Très belle histoire qui m’a beaucoup touchée sur ce très beau tableau. Merci pour ce premier bonheur que tu m’as offert. Beau week-end.

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  2. Un histoire si douce et les sentiments de Gustave sont si bien décrits …
    Bonne journée Lilou 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Une jolie histoire bien tournée et romantique à souhaits!

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  4. Pingback: LES PLUMES 42 – LES TEXTES DE MARS 2015 ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  5. Une très belle histoire.

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  6. Belle histoire qui m’évoque comme un écho de Maupassant ;
    joli !

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  7. Tres belle histoire accompagnée par un beau tableau.

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  8. Très beau texte qu’accompagne une bien belle oeuvre, et ce Gustave ! Merci et bravo 🙂

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  9. Oui, La plume de Maupassant a frôlé la tienne pour donner un superbe texte !

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  10. une très belle et douce histoire posée sur ce tableau

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  11. Douce histoire… C’est beau d’aimer à ce point dans la patience des années mais c’est dur également…

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  12. Une histoire lumineuse comme les amours solides, vraiment un beau texte sur un époque où le temps n’avait pas la même importance qu’aujourd’hui.

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  13. Il est beau ce texte, il raconte la vie tout simplement, et ses moments.

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  14. l’ami dévoué amoureux de la belle…
    un scénario qui se produit parfois, dans la vraie vie. C’est comme cela que mon oncle a épousé la veuve de son meileur ami…Comme pour lui rendre un dernier hommage posthume.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  15. Je crois que tu as parfaitement décortiqué l’expression « tout vient à point pour qui sait attendre » .
    C’est une bien belle histoire.
    J’espère que tout va bien pour toi.
    Je t’embrasse et toujours avec le sourire.
    Domi.

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  16. Chez toi elle est prête, chez moi elle ne sait même pas tous les espoirs de Gustave…. merci, jill

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  17. C’est un instant magique… Merci, Lilou.
    Passe une douce journée.

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  18. j’aime bien comme tu nous mènes dans les pensées de cet homme et sa patience…

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  19. quel beau moment de douceur à travers tes mots et auprès de Gustave. Merci

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  20. Ton texte est superbe et colle au tableau parfaitement ! Tu es une « naturaliste » plus vraie que nature ! bravo ! 😉

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  21. Il avait aussi du bon ce temps là……
    Beau récit j’aime !

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  22. Joli tableau de mots. Un étourdissement mignon.

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  23. Bel hommage au tableau, à la quiétude qui s’en échappe, et à l’amour!
    belle journée, lilou

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  24. Joliment conté et les mots imposés sont si bien détournés de leur usage habituel, belle lecture, belle promenade, près de Gustave

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