les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Un voyage inattendu

4 Commentaires


Pour les Impromptus littéraires : Cette semaine, nous vous emmenons dans une aventure tout aussi étrange … Dans un musée, une exposition, voire même en regardant une reproduction dans un magazine, vous êtes fasciné par un tableau, une photo, une affiche … Vous ne pouvez plus en détacher votre regard. C’est alors que tout bascule brusquement : vous êtes projeté à l’intérieur même de l’œuvre … Racontez-nous vos émotions et le déroulement de cette incroyable odyssée.

487px-Pierre-Auguste_Renoir_-_Les_Laveuses

Il était là devant moi et je ne le voyais plus…

Le printemps pointait le bout de son nez ; déjà les bourgeons des arbres se gonflaient prêt à éclater en libérant la douce bourre des chatons. Les lilas se balançaient au gré d’un vent léger et l’air se gorgeait du parfum des derniers narcisses. Les dernières héllébores se fanaient mais pour nous, Ninon, Séverine, Suzanne, Gabrielle, Marie, Guillemette et bien d’autres encore, c’était le signe… Nous partions à l’assaut du lavoir. Nous, les laveuses, allions reprendre notre service et les bras chargés de corbeilles en osier garnies de tout le linge accumulé pendant la mauvaise saison, nous nous dirigions en chantant, dansant presque au lavoir. Celui-ci était creusé au bord de l’Ource et nous nous réjouissions de retrouver le maître, le seul, le peintre qui nous mettait en scène chaque année. Il plantait son chevalet dans les premiers rayons du soleil dans les coins charmants de notre village.
L’année dernière c’était ma première année… Séverine, m’avaient dit mes congénères, tu verras, c’est magique ! Et ce le fut…. Durant toute la belle saison, lui Renoir, nous a peint. Nous ne posions pas ; non, il nous brossait simplement telles que nous étions dans nos mouvements… Nos cheveux retenus par une simple barrette, flottaient libérés de la gangue douce du bonnet de dentelle dans lequel nous les emprisonnions l’hiver. Nous riions toutes ensembles… Quand Ninon avait glissé dans l’eau souillant sa robe jaune d’or, laissant filer au fil de l’eau, un fin mouchoir de batiste. Pierre Auguste l’avait, d’une main agile, tirée gentiment… Elle l’avait embrassé sur les deux joues en souriant malgré le regard sévère de Suzanne son épouse qui recoiffait Jean leur fils qui venait de se rouler dans l’herbe fraîche avec le chien Pimpin ! Un autre jour, nous avions, lors d’une pause, écrasé les cerises noires sauvages. La pauvre Yvonne avait maculé son corsage blanc et d’autorité, Suzanne lui avait ôté pour le tremper dans la rivière et se cachant pour ne pas révéler ses secrets de lessive. Une autre fois, une bataille de pommes avait bien failli me décorer d’un œil au beurre noir… Ensuite tout en croquant dans les fruits rouges, puis nous reprenions notre labeur, l’eau claire qui coulait dans les draps blancs faisait de petites bulles qui éclataient dans la lumière irisée du soleil qui commençait à décliner. Gabrielle, laissant Jean à son goûter, était venue m’aider à sortir puis tordre les pièces les plus grandes et les plus lourdes pour les essorer. Nous avions les pieds trempés des éclaboussures…
Une main se posa sur mon bras, si légère que je la sentis à peine, complètement abimée dans mon rêve…

« Les Laveuses » de Pierre Auguste Renoir….

Voir aussi :  ici    et 

4 réflexions sur “Un voyage inattendu

  1. Ce n’était pas vraiment une partie de plaisir cette lessive manuelle, j’imagine en hiver, mais ici… décrite ainsi, à la belle saison… on y rentrerait bien une heure dans ce tableau…. 🙂

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  2. C’est facile aujourd’hui avec nos lave-linges mais quelle époque fantastique que ces lavandières, tu nous a bien fait entrer dans le tableau ! 😉

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    • sais-tu que j’ai fait la lessive à la main (pas au bord du ruisseau ni en bord de Saône) jusque dans les année 1962…. Nous n’avions qu’une vieille machine à Lyon et à la campagne c’était la planche avec le baquet, la brosse à rizettes et pas l’eau courante…. Et je n’étais pas Cosette !
      avec le sourire

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  3. ah que c’était dur de faire la lessive avant mais il y avait de bons moments quand même

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