les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Eternité

12 Commentaires


Pour les trente-troisième plumes d’Asphodèle les plumes d'asphodèle

Elle attendait patiemment près de la porte d’embarquement ; ils étaient convenus de se retrouver là ; cela éviterait de croiser par un malencontreux hasard une possible connaissance. C’était leurs premières vacances. Vacances était un bien grand mot car chacun d’eux n’était pas libre. Expliquer à ses enfants et mari que ses obligations professionnelles l’emmenaient vers Madrid avait été une gageure. Pour lui, doté d’une femme jalouse, une tigresse, raconter qu’un client n’avait d’autre possibilités…etc. blablababla… etc., n’avait pas été plus facile. Ils avaient bien préparé leur escapade et se réjouissaient de pouvoir passer ces trois prochains jours ensemble, pas de téléphone, pas de mails… rien, rien que tous les deux… Repos total.

Tout avait commencer six mois plutôt.. Aucune raison pour leur rencontre ; ils évoluaient dans des sphères professionnelles, des milieux socio-culturels des cercles d’amis très différents et pourtant l’improbable avait défié toutes les lois de la probabilité,  un regard avait suffit lors d’un cocktail organisé par… peu importe. La passion les avait rapidement consumés, vorace et dévorante, un vampire sur sa proie. Leur entente avait un goût de perfection et quand ils se passaient du temps ensemble, ils étaient à l’unisson.

Dès leur installation à l’hôtel, une douleur lui vrilla la poitrine. Elle avait déjà ressenti une sorte picotement alors qu’elle regardait par le hublot lors de l’atterrissage à Barajas. Elle avait posé sa tête contre la petite lucarne et avait fermé les yeux, le temps que cela se calme. Pourtant elle n’avait pas peur en avion alors d’où pouvait-elle provenir ; une seconde après c’était fini et la recherche du taxi réservé par l’hôtel l’avait momentanément distraite.

Après une installation rapide, quelques plaisanteries et les câlins incontournables mais qui auraient dus être à son avis plus passionnés, la douleur revint. Lui succéda alors une angoisse indicible. Des regrets ? Non ce n’était pas cela… Plus insidieux, le sentiment que rien ne se déroulerait comme prévu… était-ce un début de culpabilité ? Certainement pas, elle avait déjà plusieurs fois donné des coups de canif dans le contrat de mariage sans aucun remord ; l’idée même du péché l’attirai ! Alors ?

Et si après les « je t’aime pour l’éternité », il y avait autre chose ? Et si finalement il ne l’aimait pas comme il le prétendait… et si l’immortalité de leur amour n’existait pas ou plus ? Et comme le divorce pour l’un comme pour l’autre n’était pas à l’ordre du jour, pourquoi cette impression de vide.

Elle ne dormait pas ; elle l’observait entre ses cils… lui non plus ne dormait pas … Il l’a regardait. Soudain il se leva. Elle l’entendit murmurer « Qu’est-ce qui cloche, pourtant nous nous aimons ? ». En revenant vers elle, il insista :

  • N’est-ce pas que  nous nous aimons !
  • Oui dit-elle dans un souffle, nous nous aimons…

Le petit déjeuner fut pris dans un silence de cathédrale. Ils firent de grandes balades dans cette ville superbe. Ils visitèrent ou revisitèrent le Palais Royal, le musée de la pharmacie, firent des courses en riant au Corte Inglès. Elle fit l’acquisition d’une robe blanche un peu moulante pendant que lui contrevenait à leurs accords et téléphonait à sa femme. La soirée traîna en longueur. Elle essaya de parler de choses futiles ou bien de tenir des discours plus scolastiques mais rien. Les mots tombaient à plat et les silences devenaient de plus en plus nombreux.. Un ange passait. Où était cette connivence qui les avait emportés  dans un tourbillon ? Où était le jeu de séduction auquel ils s’étaient livrés ? Où avait été coupé cette liane si puissante qui les accrochait et les enroulait l’un à l’autre , l’un dans l’autre… la lassitude se serait-elle invitée ? Leurs chemins divergeraient-ils ici à Madrid ?

Une dernière nuit… « On s’aime ! dis-moi,  on s’aime ! » demanda t-il en la caressant…

– Je ne sais pas… je ne sais plus…. Elle fouilla en vain sa mémoire.

Dans la lumière blafarde du petit matin, ils réalisèrent chacun en se regardant :

Non, non finalement nous ne nous aimons plus… L’oubli viendra…

Inspiré par une nouvelle de Solange Fasquelle

Les mots :  Vacances- scolastique – immortalité – seconde – mémoire – longueur – ange – douleur -oubli – repos – cercle – passion – péché/chemin* – vampire – jour – cathédrale – lassitude – liane -lucarne.

12 réflexions sur “Eternité

  1. un amour qui n’aura guère duré et chacun retournera dans son ménage

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  2. Eh bien dis donc ma Lilou, heureusement que tu cites tes sources d’inspiration parce que… 😆 Je n’ai rien contre les coups de canif dans le contrat surtout quand ledit contrat dure plus de…on ne compte plus les décades, ce serait indécent !!! Mais une jolie réflexion sur la passion qui n’est pas éternelle, hélas et là, mieux vaut avoir un époux tendre et compréhensif pour le retour au bercail !!! 😆 Tu m’as fait sourire ! Bises et bonne fin de soirée ! 😉

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    • Holà moi cela fait quarante deux ans et pas un coup de canif… mais parfois il faut s’accrocher…
      cela dit ce n’est qu’une histoire finalement banale…
      Je cite toujours mes sources d’inspiration c’est un respect pour mes lecteurs mais surtout pour l’auteur même si je me suis un peu éloignée.
      je te souhaite un bon week end..; attention pas trop de jeu délirant… heureusement je pars vendredi pour une quinzaine cela me fera un sevrage…
      avec le sourire

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      • Lilou tu as du mérite, moi je ne sais pas si j’aurais tenu tant de temps !!! 😆 Pour le sevrage, moi aussi, dès lundi je n’allume plus l’ordi, juste pour les mails une heure par jour et stooop ! Les jeux il faut se fixer des heures, pas dépasser 10 minutes à chaque fois… (mais pas 10mns * 10 jeux à la suite hein ???) 😆
        Bises et à bientôt ! 😉

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  3. Force et banalité d’une histoire d’amour qui vire, comme un feu derrière un insert qui manque d’air….
    Joli texte!

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  4. Avoir une liaison au bout milieu de la vie quotidienne, ce sont des vacances. Etre en vacances avec sa « liaison » devient banal, quotidien, la routine. Jusqu’au prochain coup de canif.

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  5. Le problème de partir, c’est qu’on part avec soi – et qu’on a largement le temps de découvrir que l’autre n’est pas aussi exotique qu’on le pensait.

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  6. Ben voui…. C’est un risque a courir, sans doute…comme dans chaque relation humaine.
    Très bien écrit, en tous cas.

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  7. Un début à faire rêver, les passions se terminent-elles toujours ainsi?

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  8. belle écriture pour un moment rarement évoqué ainsi. Finalement c’est pourtant mieux, non ?

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  9. Ah les amants…. passion feu de paille !? bon mardi Lilou

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