les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Des mots, une histoire 114 : Retrouvailles

9 Commentaires


Désir d'histoiremanège

Jeanne déambulait au milieu de la foule joyeuse mouvante et exubérante.  Au village, la vogue comme on dit dans la région lyonnaise, avait installé ses manèges. Un parfum de caramel embaumait l’air ; elle goûtait  un  plaisir enfantin. Elle s’offrit, une énorme  barbe à papa, dans un élan soudain de gourmandise.  Un petit nuage rose,  sucré  et mousseux se colla sur ses joues. Elle le cueillit du bout d’un doigt qu’elle  lécha distraitement.  C’est à ce moment là que les souvenirs affluèrent comme ça et vinrent brutalement, en pleine face  lui marteler le petit coin de mémoire.

1968 – Jeanne rit aux éclats. Jeanne a dix huit ans, elle vient de passer avec succès son bac. Bientôt elle rejoindra le centre de vacances où elle doit aller faire la plonge pendant deux mois. Faut bien  gagner un peu d’argent ! Elle fait cela depuis trois ans.  Mais ce soir c’est la fête dans la bourgade où elle passe habituellement ses vacances depuis tant d’années. Les copains, entassés dans les voitures bancales au possible, bavassent  comme des pies. Il fait chaud  en cette nuit de fin juin. Les étoiles brillent dans le ciel mais plus encore dans les yeux de Jeanne. Assise devant,  dans l’Ami 8 de Dédé plutôt celle de sa mère, elle est serrée entre le Jeannot son soupirant qui n’attendait que cela, et le levier de vitesse. Dédé en profite pour lui  caresser le genou. Elle est heureuse Jeanne et elle rit très fort pour masquer son émotion ; la demi-clarté de la voiture fait le reste.  Maintenant la bande s’est effilochée,  Dédé, croise ses doigts entre les  siens, lui dérobe de petits bisous discrets mais agréables qui ponctuent leur balade. Dédé, il  ressemblait à Johnny, l’idole. Grand blond, un peu dégingandé. Il  lui  offre la peluche toute douce, un petit chien blanc et noir, gagnée au tir à la carabine. Ils valsent dans les autos tamponneuses  où ils  retrouvent le gros de la troupe puis  s’envolent dans les avions et décollent comme les gamins pour attraper un pompon rouge. Ils  dégustent une brioche croustillante mordant chacun un côté, et finissent par   s’éloigner  peu à peu de la lumière.  L’herbe grasse et fraîche d’un pré en contre bas  accueille leurs premiers baisers. Ils joueront un peu à « grattouille bedon » mais Jeanne saura rester sage et Dédé n’insistera pas. Bien plus tard, Jeanne aura du mal à trouver le sommeil.

Jeanne revient lentement du fond de son rêve.  Le lendemain, pauvre Jeanne ignorée du bel amour de la veille, finira par entendre une vérité, celle qui fait un peu mal, celle à laquelle on ne croit pas. « Tu sais, il ne veut pas s’engager, et puis tu es une intello et lui un paysan, riche mais un  paysan.

Jeanne a  fui dès qu’elle a pu. Elle a fait sa colo puis a rencontré un autre…. Une seule fois elle avait revu le beau Dédé, ils s’étaient embrassés, rien que de très  amical, avaient fait le tour des nouvelles.

-« Je viens d’avoir une petite fille avait annoncé Jeanne, elle a trois semaines

–  j’ai un garçon de deux ans »  avait-il répondu. Lentement, elle avait tourné les talons…

Mais ce soir, le goût vanille de sa friandise préférée lui donnait des envies de retrouvailles. Juste comme cela sans rien attendre. Leurs vies à tous deux étaient scellées, mais rien que

« Pour le plaisir ». Elle se mit à fredonner cet air mélodieux avec un sourire de jeune fille.

 AUTO-TAMPONNEUSE

avec les mots : retrouvailles – s’embrasser – émotion – manège – fredonner – mélodieux – agréable – grasse – sommeil – rêve

et pour faire bonne mesure, ceux du jeu 113 : friandise – sucré – dérober – bisou – amical – caramel – croustillant – appétissant

 

friandise – sucré – dérober – bisou – amical – caramel – croustillant – appétissant

9 réflexions sur “Des mots, une histoire 114 : Retrouvailles

  1. C’est un bien beau souvenir qu’elle a là, la Jeanne.
    Douce journée

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  2. Coucou Lilou,
    Je ne connaissais pas l’expression « gratouille bedon » 😆
    La vogue des marrons est installée à nouveau jusqu’au 11 novembre. Mais j’ai de la peine à y retrouver les souvenirs de mon enfance, tant l’ambiance et l’esprit ont changé. Les manèges se sont sophistiqués et me font peur…
    Je n’ai jamais goûté de barbe à papa 🙄
    Mais j’aimais bien déguster des marrons grillés avec un petit verre de blanc.
    Le premier flirt laisse toujours un souvenir doux-amer…
    Bonne fin de semaine et gros bisous d’O.

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  3. les rencontres faites dans notre jeunesse nous poursuivent très longtemps!

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  4. La barbapapa permet de remonter le temps ….
    Beaux souvenirs que ceux de Jeanne 😉

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  5. « gratouille bedon » ! Je m’ en souviendrais …En 68, je me rappelle avoir flirtaillé dans une Juva 4 (mais tu le dis pas à mes parents !)

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  6. Une belle histoire, pleine d’émotion, qui nous ramène à nos propres souvenirs, ces souvenirs qui remontent subitement grâce à un parfum, un son. J’ai bien aimé la barbe à papa comme déclencheur…

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  7. Pleins de souvenirs de cette journée palpitante. 😀 Très bien vu ton texte, entre le regrets et l’envie de revivre une dernière fois ce moment volé. 😀

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  8. Coucou !! Me voilà par ici (tu dois pouvoir récupérer mon adresse mail) . Bizzzoux

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