les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Douleur chapitre 5

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chapitres précédents : Douleur  –  10 juillet 1865  –  Jacotte  –  Motivation  -(chapitre 3 &4)

images orphelinat

Cent jours… Même pas cents jours, tout juste deux mois, s’étaient écoulés depuis ce fameux dîner d’anniversaire en juillet. Eugène avait bien perçu chez Léonie des changements d’humeur, mais ne savait à quoi les attribuer. Elle avait accueilli avec joie, leur départ en vacances.  Ils avaient loué avec Nine et Gaston,  une grande maison en Ardèche près de cette rivière impétueuse au milieu d’un décor superbe aux limites de la Provence. Ce n’était pas très loin de Lyon et laissait la possibilité à leur maris de  revenir travailler. La ligne de chemin de fer n’était qu’à une dizaine de kilomètres et le brave Augustin mettait sa carriole et sa jument Divine à disposition.

 Léonie passa un mois d’août apaisé en compagnie de Nine, Gaston et leurs enfants. Cette promiscuité enfantine, lui faisait du bien, Les petits bambins bénéficiaient d’une bonne éducation, Nine s’était révélée une mère attentive et Gaston un père bienveillant. Anne, la petite dernière marchait à peine ; elle était à croquer, quand instable sur ces petites jambes potelées vêtue , d’une robe blanche et rose, elle essayait de monter ou descendre les quelques marches en pierre du perron en babillant des sons connus d’elle seule. En fin d’après midi, après les siestes obligatoires, ils partaient tous à l’assaut des vergers du voisinage et cueillaient les pêches ou les abricots à la chair sucrée et gorgée de soleil ;  ils mordaient dans les fruits  et gardaient les joues collantes de jus. Chaque jour qui passait renforçait le désir profond de Léonie de retrouver Elsie. La reprendre serait impossible voire péché mais elle voulait  savoir…savoir … savoir.

Levée toujours très tôt, chaque matin, elle déambulait dans le jardin saturé des parfums nocturnes des lavandes, des lauriers roses et du thym. Elle souffrait depuis longtemps de ces insomnies qui proviennent de l’inconscient là,  où les souvenirs affleurent sans jamais se révéler. Dès la fin septembre, elle reçut réponse au divers  courriers envoyés sur les conseils de madame angélique Laroche épouse du député, fidèle à sa parole. Les précieux renseignements fournis, la politesse voulut qu’elle se rapprochât du monde politique… malgré ses réticences. Elle eut peur que l’on connût ses raisons et que cela nuise à la carrière d’Eugène. Léonie se lia d’amitié avec la maîtresse du Préfet, une femme admirable qui accomplissait chaque jour un immense travail auprès de l’assistance publique. Elle prit Léonie sous son aile, lui permit ainsi d’entrer dans ce milieu qu’elle croyait bien clos. Elle résista avec condescendance aux quolibets désespérants de bêtise de quelques péronnelles nunuches qui la taxaient  de voyeurisme.

Elle fit les premières visites et fut frappée par le manque d’hygiène de certains orphelinats bien loin des Empyrées ; les latrines surtout étaient délabrées. Elle décida aussitôt d’œuvrer pour améliorer les conditions de vie ; des cuisines décentes et des sanitaires corrects devaient être installés.  Puis le jour vint où elle se dirigea en compagnie d’Angélique Laroche à l’orphelinat où elle avait déposé Elsie. Celle-ci devait avoir près de six ans…Son cœur manqua un battement quand, elle reconnut derrière le bureau la dame aux cheveux gris, le chignon impeccablement tiré et  noué au sommet du crâne, le regard perçant. Léonie sut à l’instant même qu’elle aussi avait été reconnue. Brusquement, une pulsion la parcourut, elle eut envie de fuir ; la panique l’envahit comme autrefois, elle se retint au mur à la peinture écaillée et ressentit cette chaleur familière au creux de sa hanche là où  avait reposé le bébé.

Ce jour là, en rentrant,  elle comprit qu’elle devait aussi accomplir une autre tâche… Elle se devait d’être loyale envers Eugène. Elle attendit qu’il fût allongé près d’elle et au creux de leur lit, en frissonnant d’angoisse, elle lui confia toute son histoire. Elle ne lui cacha rien. Eugène fut la seule personne au monde à connaître toute sa douleur. Le cœur de Léonie fut comme libéré de prison ; la tête blottie contre l’épaule de son mari, elle s’endormit enfin d’un sommeil paisible. Eugène ne put prononcer une parole. Au lendemain, Eugène embrassa longuement sa femme comme si rien ne s’était passé. Il vit la lueur d’espoir et de gratitude dans son regard. Un sourire sincère … Ils s’étaient compris sans qu’aucune parole ne fuse. Léonie loua la générosité de son époux et c’est d’un pas léger mais décidé qu’elle partit vaquer à ses occupations ;  sur ses joues se dessinaient deux taches rouge sang.

 les mots d’Olivia :

 

désir – pulsion – résister – prison – promiscuité – voisinage – désespérant – politique – correct – politesse – éducation – limite – frissonner – chair – croquer – pécher – jardin – Empyrée

Particulièrement difficiles à placer…

6 réflexions sur “Douleur chapitre 5

  1. C’est merveilleux quand un simple regard suffit pour se comprendre, c’est ça la complicité ! Elle est bien jolie ton histoire !!! Bises 😀

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  2. Oui je suis d’accord avec Asphodèle.C’est tres joli…………..on s’y laisse embarquer avec plaisir ….

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  3. De la tristesse tout en douceur.

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  4. Je rejoins les impressions d’Asphodèle. 😀 C’est beau. 😀 J’adore ! 😀

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  5. C’est une bien belle et douce histoire, j’aime beaucoup. Et quel bel amour entre ces deux personnes !! C’est empli de belles émotions 😀
    Bises et belle soirée 🙂

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  6. Un époux exemplaire…

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