les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Le feu

1 commentaire


Extrait d’un journalob_f963b3_800px-midsummer-bonfire-closeup-incendie

Le feu fait partie  de mes tous premiers souvenirs.

J’avais six ans quand la cabane à outils en bois de grand-père fut entièrement détruite par un incendie.

Je me souviens des grandes flammes qui léchaient les montants en bois en dégageant une odeur chaude que je trouvais délicieuse. Cela me montait dans les narines, les arômes de châtaigne, pommier ou tilleul se mêlaient à la fumée âcre.

Depuis ce jour, je me suis mis à contempler tous les feux. Chaque jour, le père allumait la cheminée ou le vieux poêle ; je restais des heures à regarder la danse des petites langues jaunes qui s’allongeaient gourmandes et voraces. Au fur à mesure qu’elles grandissaient, elles devenaient orangé puis rouge sang, elles  et se tortillaient, laissant échapper une fumée noire ou blanche. Le bois crépitait, craquait, chantait et cette odeur chaude parfumée venait emplir mes narines. Je me mis à collectionner, en cachette, les briquets que je chapardais dès que j’en avais la possibilité ainsi que les boites d’allumettes.

Suivant des cours de piano, je découvris un jour la partition de la « Danse du feu » de Manuel de Falla. Je voulais apprendre jouer ce morceau de musique mais trop difficile pour mon niveau de débutant. Je vidais mes poches, ma tirelire et gardais la monnaie du pain et j’ai couru tous les disquaires pour acheter toutes les versions qui puissent exister de Samson François à Arthur Rubinstein en passant par Alexis Weissenberg. J’écoutais cette musique en boucle et peu à peu, j’ai réussi à comparer les interprètes ; à les reconnaître ; leur phrasé, leur doigté, l’attaque des touches. J’appris par cœur toutes les versions. Ivre de musique, je me promenais ensuite sur les chemins dans ma campagne natale. Je fredonnais ou je chantais à tue tête des mots que j’associais à cet air. Et quand dans ma tête, elle n’avait plus de résonance, je rassemblais des brindilles, un peu de bois mort et je faisais flamber. Dès que les flammes grandissaient, rougissaient, je m’éloignais en courant me réfugier dans ma chambre et je m’endormais avec le sentiment d’un devoir accompli.

Un matin pourtant j’entendis mes parents raconter qu’un pyromane avait mis le feu à une grange dans laquelle une famille s’était réfugiée. Une petite fille avait été intoxiquée par la fumée et la mère était légèrement brûlée. Les autres membres étaient sains et saufs mais sans logis.

L’horreur me frappa, je connaissais Alice. Dans mon cerveau, de grandes flammes éclatèrent. L’incendie fut terrible ravageur. Mes larmes ne purent éteindre le feu qui me dévorait. Je ne mangeais plus, je ne dormais plus, et la musique dans ma tête s’arrêta. Furieusement, j’ai jeté mes disques, ma platine et je suis parti à la gendarmerie. La justice se mit en route…Les soins, l’hôpital, l’internement…

Il parait que je suis malade. Aujourd’hui, je ne supporte plus la chaleur.

 publier pour Miletune Les poudreurs d’escampette – Atelier Ailleurs

Une réflexion sur “Le feu

  1. Bonsoir !

    Je viens de lire votre texte qui est magnifique et terrible à la fois.
    J’adore moi aussi faire de la méditation en regardant la flamme d’une bougie.
    Mais c’est vrai que le feu fait également des ravages et des malheurs et je comprends tout à fait votre réaction. MERCI pour ces beaux récits que je lis toujours avec plaisir.
    Bien amicalement. Coryphee

    J'aime

Votre petit mot en passant

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s