les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Douleur : Jacotte

12 Commentaires


Désir d'histoire Chapitres précédents : Douleur et 10 juillet 1865

Les mots d’Olivia :  97 – habitude – principe – face – même – population – détonateur – parler – flèche – aimer – déposition – oeil – allumer – indiquer – effleurer

Troisième chapitre :      

La création de l’Assistance publique au milieu du XIXème siècle avait agi comme un détonateur et régulé un peu la mortalité des nourrissons dans les rues. Les filles-mères, horriblement nommées, les hommes et les dames bien pensantes  oublient  trop souvent qu’il faut être deux pour faire un enfant, quoique de nos jours,  la question se pose un peu différemment, mais du temps de Jules Ferry on était loin de tous ces remue ménages, pouvaient espérer qu’elles donnaient ainsi une chance à leur bébé. Mais là aussi, on est loin de la coupe aux lèvres et les enfants une fois « récupérés » étaient confiés à des nourrices ; l’adoption n’était pas comme nous la concevons aujourd’hui. Toute cette population enfantine se retrouvait   placée dans des familles où l’intérêt financier passait avant l’intérêt de l’enfant. Elles   servaient de bonnes à tout faire, ils servaient  de commis de ferme sans bourse déliée et pas d’héritage à partager.

Mais revenons à la petite Elsie… Elle fut proposée à jeune femme qui venait de perdre son enfant. Jacotte, la dame aux cheveux gris qui avait accueilli Léonie, avait judicieusement pensé que cette jeune mère éplorée pourrait s’attacher voire aimer  cette petite fille. Elle avait l’habitude de gérer de situation. D’ailleurs Jacotte, elle-même avait été touchée par ce bébé à la peau si douce qu’elle avait simplement effleurée quand elle l’avait prise dans ses bras pour la mettre dans un berceau.

Depuis qu’elle travaillait là,  mi payée mi bénévole, elle n’avait jamais été aussi émue par un abandon. Cette Léonie lui avait planté fiché une flèche dans le cœur. Qu’avait-il pu lui arriver ? Pourtant, elle avait n’avait pas l’air miséreux quand elle avait fait sa déposition. Par principe, Jacotte, ne se laissait pas influencer, elle ne regardait pas les petits anges. Mais Elsie…. le passé la rattrapait. Elsie était l’étincelle qui allumait la douce tendresse maternelle depuis longtemps endormie. Sa petite chérie avait cinq ans quand elle avait quitté ce monde, malade de phtisie, suivie quelques mois plus tard  par son père.

Jacotte avait mal jugé cette fois. Elle avait pourtant beaucoup parlé avec la nourrice mais un enfant n’en remplace pas un autre, elle avait dû reprendre Elsie et l’avait laissée dans l’orphelinat dont elle s’occupait. Quelque chose avait changé chez cette dame digne aux cheveux gris, chignon serré. Quelque digue s’était rompue et elle avait repris une force et ses yeux avaient une lueur adoucie.

Ainsi Elsie grandit entre les murs d’un orphelinat. C’était une enfant joyeuse, un peu rebelle, avec des longues boucles brunes qui encadraient son visage. Vive et intelligente, attachée à Jacotte qui veillant sur elle le plus discrètement possible, elle sut lire et écrire très tôt, elle était moins douée pour les travaux d’aiguilles auxquels étaient en général destinées les filles mais elle se débrouillait bien. Elle avait huit ans quand cet équilibre bascula.

Les plumes à thème : Blancheur – doute – débauche – enfance – pureté – accuser – angélique – temps – diablotin – naïveté – mensonge – fredonner – fastueux – flaque.

Quatrième chapitre : Motivationles nouvelles plumes

Léonie avait pris sa décision le jour où elle avait fêté son troisième anniversaire de mariage avec Eugène. Elle ne lui reprochait rien, il était affectueux attentionné mais ce fameux soir de juillet, elle avait compris que rien ne remplacerait ce vide, dans ses bras. Elle avait compris que les rires, les pleurs, les courses effrénées d’un enfant manquaient dans cette grande maison. Essuyant ces larmes elle avait décidé de revenir en arrière. Elle retrouverait Elsie dut-elle retourner la France entière ! Dans la conversation ce soir-là, au cours du dîner, elle avait très habilement orienté la conversation, et poussé le député Laroche, chargé dans le département des affaires familiales et de l’enfance en détresse, par ailleurs  ami de Jules Ferry à quelques confidences sur l’organisation des orphelinats. Elle avait appris beaucoup de choses notamment comment les dames de la bonne société travaillaient de conserve avec certaines institutions qu’elles soient laïques ou religieuses. Il y avait tellement à faire. Elles ne comptaient pas leur temps, leur dévouement était exemplaire et indispensable car l’état ne pouvait pallier tous les manques. Et le dévouement et parrainage qu’offraient ces dames était précieux. Jamais Léonie n’avait été aussi attentive aux paroles de Laroche. Puis Angélique l’épouse de Laroche lui avait promis de lui indiquer des adresses ainsi que tous éléments utiles si elle souhaitait participer  cette activité. Malgré, les regards étonnés d’Eugène, Léonie avait acquiescé avec vivacité. Nuls autour de la table n’ignoraient les soucis du couple Rosaire et très vite la conversation dériva vers d’autres sujets.

En riant, un jeune pianiste, élève de Chopin, ne manquant ni d’humour ni d’esprit caustique, expliqua les déboires d’un ministre accusé de corruption, qui s’enferrait dans des mensonges plus gros les uns que les autres. Les invités enchaînèrent sur la débauche de la presse qui lorsqu’elle débusque un renard ne le lâche sous aucun prétexte. La pureté dans le monde politique est une utopie frappée de grande naïveté. Qu’y a-t-il de changer ? Rien !

Léonie n’écoutait plus…Elle était déjà dans l’orphelinat où elle avait laissé Elsie… Elle devait avoir un peu plus de cinq ans. Sans aucun doute, elle était heureuse dans un famille unie. Elle la voyait avec une robe d’une blancheur immaculée. Elle se prit à fredonner la petite berceuse que Nine chantait à ses petits diablotins. Elle ne s’aperçut même pas qu’une petite flaque de vin blanc s’étalait sur la nappe à fleurs bleues et  qu’elle renversait le contenu de son verre de cristal.

12 réflexions sur “Douleur : Jacotte

  1. C’est une histoire vraiment très touchante, bourrée d’émotions. J’attends la suite de cette histoire avec impatience Lilou 🙂
    Bonne journée bises !

    J'aime

  2. ah tu es malade Lilou ?? que se passe t il ?? (c’est Ghislaine, mais je suis sur mon blog d’écriture Egédane) tu peux m’en parler en privé si tu veux …….tu as mon adresse gmail.Bisous et surtout fais attention a toi la santé c’est important et j’en sais quelque chose je te dirai………bisous

    J'aime

  3. Très bien, Lilou, ce passé-présent, imaginaire et réalité 😆
    Le fond de l’histoire est émouvant. Je voudrais une fin heureuse… 😉
    Bon dimanche et bisous d’O.

    J'aime

  4. Bon courage à Léonie. Tu nous tiendras au courant ??

    J'aime

  5. Très belle histoire que tu nous écris là.
    J’attends la suite avec impatience.

    J'aime

  6. belle histoire tendre, à suivre, j’espère

    J'aime

  7. Très belle histoire !! Et je réclame aussi une suite rapide !!! 😉

    J'aime

  8. Touchant histoire d’Elsie et Léonie 🙂

    J'aime

  9. Je vérifiais le lien ! Alors tout d’abord, ton blog est très joli (il était temps que je le découvre^^). Comme je n’ai pas suivi toute l’histoire, je dirai simplement que ça tient la route, bravo. Je repasse dans la journée lire ce que j’ai manqué et me faire une idée globale !
    Bon courage pour Besançon…
    Bises 🙂

    J'aime

  10. Une belle histoire avec des clins d’oeil qui nous font comprendre que les leçons du passé ne servent à rien 🙂

    J'aime

  11. Ton histoire est pleine de sensibilité et de tendresse dans un monde de brutes. 😀 j’adore ! 😀
    Bisous 😀

    J'aime

  12. Superbe, touchant et poignant….

    J'aime

Votre petit mot en passant

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s