les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

10 juillet 1865

8 Commentaires


Chapitre précédent : douleur

Désir d'histoire10 juillet

–        Mademoiselle Virginie, Léonie, Elsie Lassalle, voulez prendre pour époux Monsieur Eugène Rosaire ici présent ?

–        Oui, répondit une petite voix intimidée

–        Et vous Monsieur Eugène,  Paul, Etienne Rosaire voulez vous… prendr…

Trois ans, cela faisait trois ans qu’elle avait épousé Eugène. Ce soir, il y aurait une dizaine de personnes à leur table. Ils dégusteraient des plats simples mais délicieux mitonnés  par  Mariette cuisinière hors pair ; Josette les serviraient. Charles, l’ami d’Eugène avait soigneusement choisit les vins et elle avait commandé du champagne.

Léonie avait l’habitude de donner des dîners deux à trois fois par mois, auxquels participaient outre les amis et familiers, des peintres,  des comédiens et autres artistes de passage dans la ville ou des personnalités de la bourgeoisie lyonnaise. La table de Monsieur et Madame  Eugène  Rosaire était réputée et Léonie reconnue pour, ses qualités d’hôtesse.

Léonie ferma les yeux, flash bac…

Une petite pièce dans un grenier, une chambre de bonne avec pour seul avantage, une vue sur les quais de la Saône par un œil de bœuf ; pour elle un  royaume ; le travail aux Soieries lyonnaises comme employée aux écritures… Nine, son amie rencontrée à la cantine de l’atelier. Elles avaient pris l’embauche le même jour ; Nine à l’atelier tissage. Léonie, ce jour là  avait les yeux rouges, un peu gonflés. Tout de suite, elles s’étaient trouvées, comprises sans prononcer une seule parole.

Léonie avait fait quelques études. Orpheline de mère à sept ans, son père ne lui portant qu’un intérêt limité, avait jugé préférable de mettre la petite dans une institution religieuse. Elle n’avait jamais compris pourquoi car il abhorrait toute forme de dogmes religieux ou non. Il faut bien reconnaître qu’il avait eu raison, la famille étant décomposée puis recomposée, nombreuse, il n’y avait pas de place pour Léonie qui s’appelait encore Virginie. Dès qu’elle avait pu, elle avait fui ce milieu, trouver du travail, être libre. Elle avait d’abord été vendeuse dans une mercerie puis une boulangerie puis encore des petits boulots avant  la grisaille d’une vie brisée.

Les images des Soieries reviennent… La première rencontre avec Eugène, jeune avocat associé dans un grand cabinet lyonnais. Il sortait du bureau du comptable et l’avait saluée courtoisement avec un sourire appuyé.

Quelques semaines plus tard, elle se baladait sur les quais avec Nine. Il faisait chaud. Le long de la rivière, les peintres avaient posés leurs chevalets et proposaient quelques esquisses de portraits aux badauds. Elles riaient en observant, un vieux bonhomme croquer un enfant qui ne tenait pas en place gourmandé par des parents remplis de fierté. C’est alors qu’elle avait croisé Eugène et son frère. Les jeunes gens les avaient invitées à boire un verre de limonade fraîche. Comment l’avait-il retrouvée. L’avait-il cherchée. Le hasard vraiment. Cela restait une énigme.

Quelques mois après, sous le noyer dans le jardin botanique, avec  une révérence théâtrale, il lui  demandait sa main. Elle avait accepté et Nine avait épousé Gaston.

Elle revoit sa robe belle robe en gaze blanche, le corsage de dentelle, le parc chez les vénérables grands parents d’Eugène.  Nine en robe de mousseline rose pâle donnait la main à un Gaston joyeux, regardant le ventre de sa femme qui s’arrondissait.

Léonie ouvrit les yeux, son regard se brouilla… Elle ressentait encore la douce  chaleur sur sa hanche droite, cette empreinte indélébile, là  où le petit corps d’Elsie reposait juste avant… juste avant…

« –           Madame, dit brutalement Josette qui dressait le couvert, vous préférez la nappe bleue à petites fleurs ou la …Madame, vous êtes toute blanche,  vous êtes malade  » ?

Léonie sursauta, essuya furtivement la larme qui perlait au bord de ses paupières et répondit gentiment :

 » –        Ce n’est rien Josette, oui la nappe bleue à petites fleurs blanches ce sera parfait et vous mettrez les verres de cristal de bohème. « 

Léonie  respira un grand coup, elle venait de prendre une décision importante , un bébé mort-né à sept mois, trois fausses couches, cela faisait trop, beaucoup trop…depuis trop longtemps. Sa décision était prise, elle essayerait, oui elle essayerait , elle oserait oui elle oserait et elle y arriverait ou elle en mourrait ; un sourire glissa alors sur ses lèvres. Elle était enfin apaisée.

avec les mots d’Olivia :vénérable – noyer (arbre) – grisaille – théâtral – royaume – malade – arriver – énigme – abhorrer

8 réflexions sur “10 juillet 1865

  1. hello, je suis passé lire ton histoire pour Olivia………..
    La fin n’est pas des plus gais mais hélas la vie est ainsi aussi………….belle histoire.

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  2. Une histoire bien triste… Et ce vieux monsieur qui croque un enfant… Un ogre, quoi !!!

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  3. Que c’est triste tant d’échecs pour avoir un bébé… Mais elle garde toujours espoir malgré tout…
    Je ne sais pas ce que je serais devenue si je n’avais pu avoir mes garçons..
    Bises et bon week-end Lilou 😀

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    • pas finie mon histoire…RDV la semaine prochaine
      merci de ta visite… Je n’ai pas encore fini mon tour, je suis de garde des petits enfants 3ans et 5 mois cela prend du temps…vivement la sieste.
      avec le sourire

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    • erreur de publipostage…
      Je suis d’accord et à l’époque, il n’y avait pas les FIV; moi j’ai eu trois filles et maintenant deux petits fils et deux petites filles et c’est le bonheur de ma vie.
      et l’histoire continue la semaine prochaine…
      avec le sourire

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  4. Belle, triste et émouvante, ton histoire m’a touchée. 😀 J’adore ! 😀

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  5. Je viens te faire un ptit coucou et je repars sans bruit car il est tard…..bises amicales

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