les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

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jeudi 28 juin 2012

Des mots ; une histoire 71

 

Désir d'histoire

Aujourd’hui elle le quittait. Pourtant, Louise l’avait tant aimé. Depuis huit ans elle lui avait consacré beaucoup de temps persévérant dans une vie qui ne lui convenait pas, qui ne lui convenait plus Sa mère lui avait bien dit que les sentiments d’adolescents n’étaient pas viables, que très vite ils s’ennuieraient ensemble, bien qu’artistes tous deux, ils étaient à l’opposé l’un de l’autre ; elle, sage et joyeuse, lui, fêtard tendance dépressive. Huit ans, huit ans pendant lesquels elle avait tenu le coup avec cet éternel gamin qui passait ses jours entre les copains musiciens, enfin qui se disaient musiciens finissant les nuits à fumer des substances illicites et les potes du foot à picoler des bières, le dimanche au zinc d’un comptoir douteux, riant gras aux blagues lourdes et autres grivoiseries pour n’employer que des termes mesurés.

Quelle idée, mariée à dix-huit ans ! Elle se regardait dans la glace… Elle avait l’impression d’avoir d’en avoir le triple… Sauf que hier, oui hier, elle s’était levée très tôt. N’arrivant plus  à dormir par ce temps qui laissait entrevoir une journée de canicule, elle avait enfilé unpantalon de lin beigeet un chemisier de coton blanc en  broderie anglaise, avalé un café amer, puis avec un léger  sourire, attrapé rageusement les clefs de la vieille voiture, le laissant là ronfler et cuver sa saoûlaographie, elle s’escampa.

Elle avait pris la route, tout en pensant qu’avec son métier, original en lui-même, elle gagnait mieux sa vie que son fainéant de mari… Après avoir fait les Beaux-Arts, elle avait choisi le graphisme et la calligraphie. Elle avait intégré l’équipe du musée national de Lyon où elle était chargée de la restauration des incunables ; elle excellait dans l’enluminure. Elle avait roulé instinctivement durant une cinquantaine de kilomètres pour se retrouver devant la petite bicoque que ses parents louaient à l’année quand elle était petite. Que de bons souvenirs ici quand avec son frère aîné et les copains du village, elle batifolait dans les champs fleuris de coquelicots ; ils revenaient un peu crottés, les genoux écorchés et les tee-shirts tachés. L’hiver, ils venaient passer les fêtes et c’est encore tous ensemble qu’ils allaient randonner. Ils se serraient alors dans les pièces à peine chauffées où régnait un parfum d’orange et de chocolat chaud et dévoraient  brioches, crêpes, confitures et chocolat chaud ; peu importait le froid !

Elle était descendue  de voiture, un peu étourdie, commençant  à avancer vers le chemin qui menait au petit étang dans lequel quelques grenouilles coassaient en cherchant qui un semblant de  nénuphar qui une compagne ou compagnon. Elle avait aperçu de l’autre côté un joggeur.  Elle s’était baissée pour cueillir une fleurette qui exhibait des clochettes mauves et blanches. Son regard avait accroché de l’autre côté de la rive, la   girouette du manoir . En ruine il avait aiguisé leurs imaginations enfantines ; ils en avaient inventé des histoires de princesses et de fées pour les filles, d’espions et de bandits pour les garçons. Elle avait continué sa promenade en prenant le chemin de la vieille bâtisse. Elle avait été surprise ; de  manoir avait été reconstruit ; il était superbe… la pelouse tondue à la perfection accueillait quelques palmiers au milieu de parterre fleuris de rosiers parfumés et de dahlias nains colorés où les abeilles bourdonnaient à qui mieux mieux.

C’est alors que le joggeur l’avait abordé et à peine essoufflé et lui avait dit dans un français teinté d’une pointe d’accent espagnol… Bonjour Louise… Je t’ai reconnue immédiatement … !

José Manuel ! bredouilla Louise.

La matinée était passée très vite et l’après midi avait filé encore plus rapidement, comme dans un rêve ; ils avaient parlé chacun à leur tour ou en même temps de leurs vies respectives tout en grignotant un plateau repas qu’ils s’étaient préparé en riant comme des gamins auraient jouée à la dînette, comme les gamins qu’ils avaient été… Manuel…

Ils avaient treize ou quatorze ans, il parlait à peine français. Elle l’aidait pour les devoirs de vacances. Ils avaient échangé un premier baiser « sur la bouche », baiser au goût de framboise, celles qu’ils avaient chapardées le long des sentiers, baiser somme toute bien innocent.

Elle était revenue très tard chez elle… n’avait pas fermé l’œil. Manuel, il n’avait jamais voulu qu’on l’appelle Manu ni José, avait acquis le vieux manoir…

Elle s’était relevée pour préparer un sac de voyage, elle reviendrait plus tard chercher le reste. Quand il était rentré de ses beuveries, il n’avait même pas vu le bagage et avait shooter dedans en râlant…

Aujourd’hui… Elle le quittait ; il n’y aurait ni larmes ni pugilat

Manuel l’attendait.

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