les coins de Lilou

l'écriture est la seule forme parfaite du temps. Le Cléziot

Douleurs

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Premier chapitre

février 1860

Léonie, c’est le prénom qu’elle s’était choisi, marchait vite, il faisait froid en cette fin de février. Il était encore tôt et les rigueurs de l’hiver n’avait encore fini leurs oeuvres. Le souffle court, une fine buée s’échappant de ses lèvres, elle tenait serré contre elle un paquet blanc. Elle avait les larmes aux yeux ; le froid, le chagrin ? Dans cette brume matinale, apparurent les bâtiments de l’Assistance Publique cruellement célèbres. Depuis que cette institution avait ouvert ses portes, les abandons sauvages étaient moins nombreux notamment dans les familles bourgeoises où les filles séduites ne craignaient plus le déshonneur. Léonie ralentit enfin le pas. Elle constata que la porte était entrouverte. Elle hésita un instant ; soit elle déposait son précieux fardeau là sur la plate-forme, soit elle franchissait le seuil et laissait ainsi une trace pour cette petite vie fragile âgée de quatre jours. Le bébé ne pleurait pas. Sa décision était prise, elle ne reviendrait pas en arrière

Au bureau, elle fut reçut par une femme peu acariâtre terriblement efficace aux cheveux gris tirés dans un chignon strict,  sanglée dans un uniforme bleu nattier pas très seyant.

Léonie dut décliner son identité, son âge, dix neuf ans, et le prénom du bébé ainsi que sa  date de naissance.

Puis avec un ton dogmatique, qui trahissait son opinion sur la jeune mère, elle expliqua à Léonie les conséquences de son geste… avait-elle bien réfléchi, n’avait-elle pas de la famille ? Devant l’arrivée d’un enfant parfois il suffit qu’un enfant paraisse pour que… Devant le mutisme de la jeune femme et pour s’assurer qu’elle avait bien compris elle ajouta :

« – Dès demain, elle sera placée dans une famille nourricière, lui dit-elle, vous ne pourrez jamais la revoir, vous ne saurez jamais où elle se trouve. Le savez vous c’est encore temps ? »

Léonie avait la tête qui tournait, elle avait pensé à tout cela mais resta muette sans bouger, convaincue que c’était mieux pour l’enfant.

Le nourrisson fut soudain arraché avec force des bras de sa mère, emmené sur une table plus loin et prestement démailloté.

« – Une fille ! s’écria soudain une femme forte au regard bovin qui officiait encore une ! »

La petite fut pesée, lavée et changée…On lui mit au poignet un bracelet avec le numéro du registre d’entrée.

« Il est encore temps dit la femme aux cheveux gris »

Léonie se pencha sur le bureau et signa en tremblant les papiers d’abandon. Elle fit mine de se retourner mais l’employée la retint d’une main ferme en lui murmurant :

« – c’est trop tard ! Partez, partez vite »

Léonie tourna les talons, prit dans sa poche de son manteau, un morceau d’étoffe qui lui servit de mouchoir, les larmes qui redoublaient lui brouillaient la vue inondant son visage. Elle sortit la tête baissée , trébucha sans faire attention contre la marche, dévorée par honte. Une souffrance intolérable monta dans son cœur, elle s’appuya quelques minutes contre le mur puis repris son chemin lentement alors que le jour commençait à se lever.

 Du père il n’en fut pas question….

Deuxième chapitre

10 Juillet 1865

–        Mademoiselle Virginie, Léonie, Elsie Lassalle, voulez prendre pour époux Monsieur Eugène Rosaire ici présent ?

–        Oui répondit une petite voix intimidée

–        Et vous Monsieur Eugène,  Paul, Etienne Rosaire voulez vous… prendr…

Trois ans, cela faisait trois ans qu’elle avait épousé Eugène. Ce soir, il y aurait une dizaine de personnes à leur table. Ils dégusteraient des plats simples mais délicieux mitonnés  par  Mariette cuisinière hors pair ; Josette les serviraient. Charles, l’ami d’Eugène avait soigneusement choisit les vins et elle avait commandé du champagne.

Léonie avait l’habitude de donner des dîners deux à trois fois par mois, auxquels participaient outre les amis et familiers, des peintres,  des comédiens et autres artistes de passage dans la ville ou des personnalités de la bourgeoisie lyonnaise. La table de Monsieur et Madame  Eugène  Rosaire était réputée et Léonie reconnue pour, ses qualités d’hôtesse.

Léonie ferma les yeux, flash bac…

Une petite pièce dans un grenier, une chambre de bonne avec pour seul avantage, une vue sur les quais de la Saône par un œil de bœuf ; pour elle un  royaume ; le travail aux Soieries lyonnaises comme employée aux écritures… Nine, son amie rencontrée à la cantine de l’atelier. Elles avaient pris l’embauche le même jour ; Nine à l’atelier tissage Léonie, ce jour là  avait les yeux rouges, un peu gonflés. Tout de suite, elles s’étaient trouvées, comprises sans prononcer seule parole.

Léonie avait fait quelques études. Orpheline de mère à sept ans, son père ne lui portant qu’un intérêt limité, avait jugé préférable de mettre la petite dans une institution religieuse. Elle n’avait jamais compris pourquoi car il abhorrait toute forme de dogmes religieux ou non. Il faut bien reconnaître qu’il avait eu raison, la famille étant décomposée puis recomposée, nombreuse,  il n’y avait pas de place pour Léonie qui s’appelait encore Virginie. Dès qu’elle avait pu elle avait fui ce milieu pour trouver du travail. Elle avait d’abord été vendeuse dans une mercerie puis une boulangerie puis encore des petits boulots puis la grisaille d’une vie brisée.

Les images des Soieries reviennent… La première rencontre avec Eugène, jeune avocat associé dans un grand cabinet lyonnais. Il sortait du bureau du comptable et l’avait salué courtoisement avec un sourire appuyé.

Quelques semaines plus tard, elle se baladait sur les quais avec Nine. Il faisait chaud. Le long de la rivière, les peintres avaient posés leurs chevalets et proposaient quelques esquisses de portraits aux badauds. Elles riaient en observant, un vieux bonhomme croquer un enfant qui ne tenait pas en place gourmandé par des parents remplis de fierté. C’est alors qu’elle avait croisé Eugène et son frère. Les jeunes gens les avaient invités à boire un verre de limonade fraîche. Comment l’avait-il retrouvée. L’avait-il cherché. Le hasard vraiment. Cela restait une énigme.

Quelques mois après sous le noyer dans le jardin botanique, avec  une révérence théâtrale, il lui  demandait sa main. Elle avait accepté et Nine avait épousé Gaston.

Elle revoit sa robe belle robe en gaze blanche, le corsage de dentelle, le parc chez les vénérables grands parents d’Eugène.  Nine en rose pâle donnant la main à un Gaston hilare, regardant le ventre de sa femme qui s’arrondissait.

Léonie ouvrit les yeux, son regard se brouilla… Elle ressentit la chaleur sur sa hanche droite, là  où le petit corps d’Elsie reposait juste avant… juste avant…

– Madame, dit brutalement Josette qui dressait le couvert, vous préférez la nappe bleue à petites fleurs ou la …Madame vous êtes malade  ?

Léonie sursauta, essuya la larme qui perlait au bord de ses paupières et répondit gentiment :

–        Ce n’est rien Josette, oui la nappe bleue à petites fleurs blanches ce sera parfait et vous mettrez les verres de cristal de bohème.

Léonie respira un grand coup, elle venait de prendre une décision importante, un bébé mort- né à sept mois, trois fausses couches, cela faisait trop …Depuis trop longtemps. Elle oserait oui elle oserait et elle y arriverait ou elle mourrait ; un sourire glissa alors sur ses lèvres. Elle était enfin apaisée.

Troisième chapitre

Jacotte

La création de l’Assistance publique au milieu du XIXème siècle avait agi comme un détonateur et régulé un peu la mortalité des nourrissons dans les rues. Les filles-mères horriblement nommées, on oublie un peu trop qu’il faut être deux pour faire un enfant, bien que parles temps qui courent on peut se poser la question, mais du temps de Jules Ferry on était loin de tous ces remue ménages, pouvaient espérer qu’elles donnaient ainsi une chance à leur bébé. Mais là aussi, il y avait loin de la coupe aux lèvres et les enfants une fois « récupérés » étaient confiés à des nourrices ; l’adoption n’était pas comme nous la concevons aujourd’hui. Les enfants étaient souvent placés dans des familles où ils servaient de bonnes à tout faire ou de commis de ferme.

Mais revenons à la petite Elsie… Elle fut proposée à jeune femme qui venait de perdre son enfant. Jacotte, la dame aux cheveux gris avait judicieusement pensé qu’elle pourrait s’attacher voire aimer  cette petite fille. Elle avait l’habitude de gérer de situation. D’ailleurs Jacotte, elle-même avait été touchée par ce bébé à la peau si douce qu’elle avait simplement effleurée quand elle l’avait prise dans ses bras pour la mettre dans un berceau.

Depuis qu’elle travaillait là mi payée mi bénévole, elle n’avait jamais été aussi touchée par un abandon. Cette Léonie avait fiché une flèche dans son cœur. Qu’avait-il pu lui arriver ? Pourtant, elle avait n’avait pas l’air miséreux quand elle avait fait sa déposition. Par principe, Jacotte, ne se laissait pas influencer, elle ne regardait pas les petits anges. Mais Elsie…. le passé la rattrapait. Elsie était l’étincelle qui allumait cette douce tendresse de mère endormie. Sa petite chérie avait cinq ans quand elle avait quitté ce monde, malade de phtisie, suivie quelques mois après par son père.

Jacotte avait mal jugé cette fois. Elle avait pourtant beaucoup parlé avec la nourrice mais un enfant n’en remplace pas un autre, elle avait dû reprendre Elsie et l’avait laissée dans l’orphelinat dont elle s’occupait. Quelque chose avait changé chez cette dame digne aux cheveux gris, chignon serré. Quelque digue s’était rompue et elle avait repris une force et ses yeux avaient une lueur adoucie.

Ainsi Elsie grandit entre les murs d’un orphelinat. C’était une enfant joyeuse, un peu rebelle, avec des longues boucles brunes qui encadraient son visage. Vive et intelligente, attachée à Jacotte qui veillant sur elle le plus discrètement possible, elle sut lire et écrire très tôt, elle était moins douée pour les travaux d’aiguilles auxquels étaient en général destinées les filles mais elle se débrouillait bien. Elle avait huit ans quand cet équilibre bascula.

Quatrième chapitre

Décision

Léonie avait pris sa décision le jour où elle avait fêté son troisième anniversaire de mariage avec Eugène. Elle ne lui reprochait rien, il était affectueux attentionné mais ce fameux soir de juillet, elle avait compris que rien ne remplacerait ce vide, dans ses bras. Elle avait compris que les rires, les pleurs, les courses effrénées d’un enfant manquaient dans cette grande maison. Essuyant ces larmes elle avait décidé de revenir en arrière. Elle retrouverait Elsie dut-elle retourner la France entière. Dans la conversation ce soir-là, au cours du dîner qui n’avait rien de fastueux mais non moins brillant,  elle avait habilement mené la conversation pour amener le député Laroche, chargé dans le département des affaires familiales et de l’enfance en détresse, ami de Jules Ferry. Elle avait appris beaucoup de choses notamment comment les dames de la bonne société travaillaient de conserve avec certaines institutions qu’elles soient laïques ou religieuses. Il y avait tellement à faire. Elles ne comptaient pas leur temps, leur dévouement était exemplaire et indispensable car l’état ne pouvait pallier tous les manques. Et le dévouement et parrainage qu’offraient ces dames était précieux. Jamais Léonie n’avait été aussi attentive aux paroles de Laroche. Puis Angélique l’épouse de Laroche lui avait indiqué quelques adresses et lui promit de lui fournir tous les éléments si cette activité lui convenait. Nuls autour de la table n’ignoraient les soucis du couple Rosaire et très vite la conversation dériva vers d’autres sujets.

En riant, un jeune pianiste, élève de Chopin, ne manquant ni d’humour ni d’esprit caustique, expliqua les déboires d’un ministre accusé de corruption, qui s’enferrait dans des mensonges plus gros les uns que les autres. Les invités enchaînèrent sur la débauche de la presse qui lorsqu’elle débusque un renard ne le lâche sous aucun prétexte. La pureté dans le monde politique est une utopie frappée de grande naïveté.

Qu’y a-t-il de changer ? Rien !

Léonie n’écoutait plus…Elle était déjà dans l’orphelinat où elle avait laissé Elsie… Elle devait avoir un peu plus de cinq ans. Sans aucun doute, elle était heureuse dans un famille unie. Elle la voyait avec une robe d’une blancheur immaculée. Elle se prit à fredonner la petite berceuse que Nine chantait à ses petits diablotins. Elle ne s’aperçut même pas qu’une petite flaque de vin blanc s’étalait sur la nappe à fleurs bleues et  qu’elle renversait le contenu de son verre de cristal.

Cinquième chapitre

L’orphelinat

Cent jours… Même pas cent jours, un peu plus de deux mois s’étaient écoulés depuis ce fameux dîner d’anniversaire en juillet. Eugène avait bien perçu chez Léonie des changements d’humeur, mais ne savait à quoi les attribuer. Elle avait accueilli avec joie, leur départ en vacances.  Ils avaient loué avec Nine et Gaston,  une grande maison en Ardèche près de cette rivière impétueuse au milieu d’un décor superbe aux limites de la Provence. Ce n’était pas très loin de Lyon et laissait la possibilité à leur maris de  revenir travailler. La ligne de chemin de fer n’était qu’à une dizaine de kilomètres et le brave Augustin mettait sa carriole et sa jument Divine à disposition.

 Léonie passa un mois d’août apaisé en compagnie de Nine, Gaston et leurs enfants. Cette promiscuité enfantine, lui faisait du bien, Les petits bambins bénéficiaient d’une bonne éducation, Nine s’était révélée une mère attentive et Gaston un père bienveillant. Anne, la petite dernière marchait à peine ; elle était à croquer, quand instable sur ces petites jambes potelées vêtue , d’une robe blanche et rose, elle essayait de monter ou descendre les quelques marches en pierre du perron en babillant des sons connus d’elle seule. En fin d’après midi, après les siestes obligatoires, ils partaient tous à l’assaut des vergers du voisinage et cueillaient les pêches ou les abricots à la chair sucrée et gorgée de soleil ;  ils mordaient dans les fruits  et gardaient les joues collantes de jus. Chaque jour qui passait renforçait le désir profond de Léonie de retrouver Elsie. La reprendre serait impossible voire péché mais elle voulait  savoir…savoir … savoir.

Levée toujours très tôt, chaque matin, elle déambulait dans le jardin saturé des parfums nocturnes des lavandes, des lauriers roses et du thym. Elle souffrait depuis longtemps de ces insomnies qui proviennent de l’inconscient là,  où les souvenirs affleurent sans jamais se révéler. Dès la fin septembre, elle reçut réponse au divers  courriers envoyés sur les conseils de madame angélique Laroche épouse du député, fidèle à sa parole. Les précieux renseignements fournis, la politesse voulut qu’elle se rapprochât du monde politique… malgré ses réticences. Elle eut peur que l’on connût ses raisons et que cela nuise à la carrière d’Eugène. Léonie se lia d’amitié avec la maîtresse du Préfet, une femme admirable qui accomplissait chaque jour un immense travail auprès de l’assistance publique. Elle prit Léonie sous son aile, lui permit ainsi d’entrer dans ce milieu qu’elle croyait bien clos. Elle résista avec condescendance aux quolibets désespérants de bêtise de quelques péronnelles nunuches qui la taxaient  de voyeurisme.

Elle fit les premières visites et fut frappée par le manque d’hygiène de certains orphelinats bien loin des Empyrées ; les latrines surtout étaient délabrées. Elle décida aussitôt d’œuvrer pour améliorer les conditions de vie ; des cuisines décentes et des sanitaires corrects devaient être installés.  Puis le jour vint où elle se dirigea en compagnie d’Angélique Laroche à l’orphelinat où elle avait déposé Elsie. Celle-ci devait avoir près de six ans…Son cœur manqua un battement quand, elle reconnut derrière le bureau la dame aux cheveux gris, le chignon impeccablement tiré et  noué au sommet du crâne, le regard perçant. Léonie sut à l’instant même qu’elle aussi avait été reconnue. Brusquement, une pulsion la parcourut, elle eut envie de fuir ; la panique l’envahit comme autrefois, elle se retint au mur à la peinture écaillée et ressentit cette chaleur familière au creux de sa hanche là où le bébé avait reposé.

Ce jour là, en rentrant,  elle comprit qu’elle devait aussi accomplir une autre tâche… Elle se devait d’être loyale envers Eugène. Elle attendit qu’il fût allongé près d’elle et au creux de leur lit, en frissonnant d’angoisse, elle lui confia toute son histoire. Elle ne lui cacha rien. Eugène fut la seule personne au monde à connaître toute sa douleur. Le cœur de Léonie fut comme libéré de prison ; la tête blottie contre l’épaule de son mari, elle s’endormit enfin d’un sommeil paisible. Eugène ne put prononcer une parole. Au lendemain, Eugène embrassa longuement sa femme comme si rien ne s’était passé. Il vit la lueur d’espoir et de gratitude dans son regard. Un sourire sincère … Ils s’étaient compris sans qu’aucune parole ne fuse. Léonie loua la générosité de son époux et c’est d’un pas léger mais décidé qu’elle partit vaquer à ses occupations tandis que sur ses joues se dessinaient deux taches rouge sang.

 Sixième chapitre

La guérison

Bien sûr, Jacotte avait reconnu Léonie ; Elle n’eut aucun doute quant à son dessein. Immédiatement un frisson avait parcouru tout son corps et avait fait résonner une alarme. Nul besoin d’exposés métaphysiques pour qu’elle sente le danger. Elsie avait cinq ans et elle allait tout faire pour empêcher la rencontre de ces deux êtres. Mais le temps est cruel et la maladie n’épargne personne. Jacotte fut victime d’une fluxion de poitrine. Elle dut rester alitée plusieurs semaines. Elle eut alors peur ; très peur ! Qu’adviendrait-il de la petite Elsie ? N’allait-on pas lui reprocher sa faiblesse ? Il n’y avait pas d’adoption possible ! Comment la petite fille accepterait-elle ce nouvel abandon. Après moult réflexions, elle prit la décision, la meilleure pour Elsie.

Léonie et Eugène, eux,  avaient le bonheur de veiller sur deux petites filles, Céline, petite brune, calme et un peu renfermée et Bertille blond vénitien joyeuse et espiègle. N’étant pas pensionnaires de la même institution, elles étaient heureuses de se retrouver les jeudis, Elles allaient avec leur Marraine, goûter, ensemble dans une grande pâtisserie lyonnaise. Là elles dégustaient une grande tasse de chocolat crémeux avec une brioche fleurant le beurre frais et piquée d’une praline au sucre rouge.

Trois ans s’écoulèrent ; une vie de famille normale chez les Rosaire, les Petites partageaient maintenant la vie du couple Rosaire bien que l’adoption ne fut pas entériné.

C’est alors que la lettre arriva. Léonie ne comprit pas tout de suite les termes du courrier tant elle était abasourdie. Jacotte était décédée et avant de rendre son âme au Seigneur, elle avait soulagé sa conscience mais pas tout à fait… Jacotte n’avait  paseu  le courage de révéler la vérité à Elsie et lui dire que sa mère  la recherchait. Et puis était-ce à elle de le faire ? Le destin déciderait.

Léonie pleurait et riait à la fois. Les filles étaient dans le boudoir à broder ; pas leur passe temps préféré mais Léonie tenait beaucoup à ce qu’elles tinssent des aiguilles correctement. Elles virent les larmes de Marraine sans comprendre. C’était les vacances d’été…Léonie et Eugène traversèrent les jours suivants entre ombre et lumière… Elsie leur était rendue…Elle avait huit ans.

Aujourd’hui, Léonie est radieuse…son sourire rayonne sous la véranda de la maison près de Neuville sur Saône. La fête bat son plein. Trois jeunes filles, des triplés… Elles ont revêtu une robe en soie gris perle à pois noir et blanc chacune arborant une fleur de  coquelicot sur l’épaule …On dirait un tableau de Renoir ! D’un commun accord, elles ont décidé que le dernier dimanche de juin serait le  jour de leur anniversaire.

Léonie appuyée près de la porte fenêtre murmure à l’oreille d’Eugène très fier lui aussi  ; leurs filles sont magnifiques.

Tout ne fut pas facile. Céline et Bertille avait très vite accepté cette nouvelle sœur.  Elsie s’était montrée rétive, enfermée dans la douleur…Puis il y avait eu les années collège générant encore une séparation. Que de temps, il a fallu à Léonie pour apprivoiser Elsie sa fille… lui révéler la vérité. Comment lui expliquer ? C’est Eugène qui trouva les mots. Elsie est restée très proche de cet homme doux et solide.

soudain, le silence se fit :

Mesdames, messieurs dit d’une voix cristalline Bertille, mes sœurs et moi sommes ravies de votre… le reste se perdit dans les sons d’une valse de Chopin jouée avec doigté par Céline, elle avait travaillé quelques mois avec Frantz Liszt comme professeur pendant qu’ Elsie buvait les paroles de George Sand ; elle voulait être journaliste… l’évasion littéraire au profit de l’information… tout un programme de vie !

Bertille, quant à elle passa sa soirée à capturer des visages avec un gros appareil qui faisait de la photographie. Demain, elle s’enfermerait dans la chambre noire et par la magie sortirait des belles images sépia pour les souvenirs.

FIN

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Ce texte, le début du moins,  m’a été inspiré par la lecture du livre Madame Zola dans lequel on trouve la naissance d’une enfant prénommée Caroline et décédé trois semaines après son placement par manque de soins.

La blessure pour Alexandrine Zola ne se referma jamais surtout qu’elle ne put jamais avoir d’autres enfants. Après la mort d’Emile elle accueillera les enfants de celui-ci et de Jeanne Rozerot avec qui elle aura des relations apaisées et affectueuses avec Denise. Elle acceptera qu’ils portent le nom de Zola ainsi que les enfants de Denise.

 

Madame Zola (biographie)

Evelyne Bloch-Dano

Paru chez Grasset en 1997

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